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La Commission européenne propose le retrait des Emirats arabes unis de la liste des pays à haut risque de blanchiment

Le centre financier international de Dubaï (Emirats arabes unis), le 18 juin 2019.

C’est désormais officiel : la Commission européenne propose de sortir les Emirats arabes unis de la liste des pays à haut risque de blanchiment établie par l’Union européenne (UE). L’exécutif bruxellois a rendu public, jeudi 14 mars, « l’acte délégué » qui fait office de projet de liste et entérine sa décision de réhabiliter les Emirats, en même temps que le Panama, Gibraltar, la Barbade et l’Ouganda. Le Parlement européen dispose désormais d’un mois pour se prononcer sur cette liste qui, sans objection de sa part, sera adoptée en l’état.

La proposition de Bruxelles pourrait susciter quelques remous à Strasbourg. Dans un courrier commun dévoilé par Le Monde le 8 mars, un groupe transpartisan de sept parlementaires européens (Verts-Alliance libre européenne, Socialistes et démocrates, Renew Europe et la Gauche unitaire européenne) s’était alarmé auprès de la commissaire européenne chargée des services financiers, Mairead McGuinness, d’une possible radiation des Emirats arabes unis de la nouvelle liste européenne, mettant en garde Bruxelles contre une décision hâtive et porteuse de risques pour le système financier de l’UE.

De fait, parmi les sept émirats en passe d’être « blanchis » par l’Europe, figure Dubaï, l’un des plus gros centres financiers mondiaux, régulièrement soupçonné d’abriter l’argent de criminels et d’oligarques russes sous sanctions. Récemment, des enquêtes d’organisations non gouvernementales ou de consortiums de journalistes d’investigation, comme le scandale « Dubai Uncovered », publié par Le Monde et plusieurs médias internationaux en 2022, ont montré que des oligarques russes étaient parvenus à contourner les sanctions les visant, en passant par les Emirats arabes unis pour blanchir leur argent.

L’empressement de Bruxelles dénoncé

Or, en pleine guerre de la Russie contre l’Ukraine, et alors que l’UE consacre d’importantes ressources pour sanctionner les proches et les éventuels créanciers du Kremlin, et pour faire respecter ces sanctions, le projet de la Commission a de quoi interroger. D’autant que la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme a été érigée au rang de priorité par Bruxelles, qui doit adopter un plan d’action renforcé sur ce sujet, avant les élections européennes de juin.

La proposition s’appuie, certes, sur l’analyse du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisation de référence intergouvernementale qui élabore les normes antiblanchiment à l’échelle mondiale. Le 23 février, l’organisme a annoncé le retrait des Emirats arabes unis de sa « liste grise » de pays sous surveillance renforcée – qui n’en compte plus que vingt et un. Des « progrès significatifs » ont été accomplis par les Emirats pour « améliorer leur dispositif de lutte antiblanchiment », corriger les défaillances identifiées en 2022 et faciliter les enquêtes internationales, a justifié le GAFI, sans toutefois publier de rapport circonstancié et chiffré à l’appui de sa décision.

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