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Jean-Claude Weill, immunologiste « un peu allumé » et lumineux

Jean-Claude Weill, professeur émérite d'immunologie à la Faculté de médecine Necker-Enfants-Malades, à Paris, le 14 mars 2024.

« Drôle de chercheur » : c’est lui qui a tenu à ce que ce terme figure en couverture du livre, son premier. Comme contrepoids, explique-t-il, à la mention « de l’Académie des sciences » qui figure sous son nom, et qu’il trouve bien trop solennelle. Tout en étant très fier d’appartenir « à ce club chic ». Où cependant il ne se rend guère… L’immunologiste Jean-Claude Weill est un orfèvre de la contradiction, un roi de l’inconciliable, qu’il drape dans une réjouissante ironie.

Jamais, de mémoire de journaliste, on n’avait rencontré un candidat au portrait ponctuant avec une régularité de métronome ses phrases de : « Je parle trop de moi, ce n’est pas intéressant. » Mais qu’on lui fasse la remarque que l’on est précisément venu pour l’entendre parler de lui, et il enchaîne aussitôt, avec une volupté bavarde, des « histoires d’un drôle de chercheur », sous-titre de son livre inclassable (Eloge de l’imprévu, Belin éducation, 2023). Défile ainsi une chronique de la biologie depuis un siècle, dont il a fréquenté nombre des cadors dans le monde entier, mais aussi sa propre existence, haute en couleur.

Il a ouvert un lucratif cabinet dentaire avenue Hoche, à Paris, en mai 1968, mais était de tout cœur avec les maoïstes qui allaient bientôt piller les épiceries de luxe du quartier. Il commence à fréquenter les laboratoires à 33 ans, mais c’est par l’intermédiaire d’une rencontre noctambule chez Castel, la boîte de nuit chic du Quartier latin, dont il est alors un client assidu. Il soutient son doctorat à 40 ans, mais la commission qui le recrute à l’Inserm a le sentiment, à l’en croire, qu’il est « un peu allumé ». Il se sent comme un imposteur, « un zazou qui voudrait être chercheur », mais a été appuyé au début de sa carrière par les Prix Nobel François Jacob (1965), David Baltimore (1975) et Niels Jerne (1984).

Les contradictions d’un « flemmard terrible »

Il est nommé en 1992 professeur à la faculté de médecine Necker-Enfants malades – ce qui double son salaire –, mais celui qui n’est pas médecin n’y joue pas davantage les professeurs : « Juste deux ou trois heures de cours de temps en temps, où je parlais de mes recherches. » Il se voit comme « un rebelle » qui « n’a jamais publié sous l’autorité d’un patron », mais se présente dans son livre comme « le maître » dialoguant avec un Jacques disciple. Il se définit comme un « flemmard terrible », mais semble avoir oublié les milliers d’heures de travail, à l’époque fastidieux et non automatisé, que lui demanda, dans les années 1980, le clonage des gènes des anticorps chez le poulet, avec à la clé la découverte d’un nouveau mécanisme de diversification de la réponse immunitaire.

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