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Affaire du Libor : à Londres, le procès d’un acharnement judiciaire contre d’anciens tradeurs

Tom Hayes, ancien tradeur chez UBS puis Citigroup, et Carlo Palombo, ancien tradeur chez Barclays, devant un tribunal, à Londres, 15 mars 2024.

C’est l’histoire d’une possible erreur judiciaire majeure. Celle-ci a détruit la vie de trente-sept personnes. Dix-neuf ont été condamnées par la justice, dont neuf emprisonnées. Ils étaient français, britanniques, italien, américains, grec, japonais… La peine la plus importante a atteint quatorze ans de prison. Les accusés, d’anciens tradeurs, dont certains avaient gagné des dizaines de millions d’euros, incarnaient des coupables parfaits, que personne ne voulait défendre publiquement. Mais le dossier à charge contre eux – ils sont accusés d’avoir manipulé le Libor et l’Euribor, des taux d’intérêt utilisés sur les marchés financiers – est en train de s’effondrer.

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« C’est probablement une erreur judiciaire phénoménale, dénonce John McDonnell, un député travailliste. Des gens ont souffert pour avoir simplement suivi les instructions qu’on leur donnait. » David Davis, député conservateur, confirme : « Comme toutes les erreurs judiciaires, les personnes qui en sont victimes étaient initialement impopulaires. Notre travail maintenant est de leur apporter la justice. »

Le dernier acte de ce scandale s’est déroulé les 14, 15 et 18 mars devant une cour d’appel de Londres. Tom Hayes et Carlo Palombo, deux des tradeurs condamnés, qui avaient fini de purger leur peine sans jamais cesser de clamer leur innocence, ont obtenu la réouverture de leur procès, ce qui est très rare. L’audience s’est déroulée sur seulement trois jours, parce qu’elle portait sur des aspects purement techniques. D’ici à quelques semaines, les juges doivent rendre leur verdict : s’ils tranchent en leur faveur, les condamnations de tous les tradeurs incriminés pourraient s’effondrer.

Un obscur indice

Ce scandale se joue à deux niveaux. Outre la possible innocence des tradeurs, l’affaire raconte aussi l’histoire d’une immense hypocrisie des autorités financières occidentales. Au cœur de la grande crise de l’automne 2008, juste après la faillite de Lehman Brothers, celles-ci ont sciemment manipulé le Libor (London Interbank Offered Rate) et l’Euribor (Euro Interbank Offered Rate) pour tenter d’éteindre l’incendie. En intervenant de la sorte, elles ont très probablement commis des actes bien pires que ceux reprochés aux personnes condamnées. Mais jamais elles n’ont été inquiétées.

L’histoire commence donc à l’automne 2008. Paniquées, les banques ne se font plus confiance et cessent de se prêter de l’argent. Les flux financiers sont largement immobilisés.

Un obscur indice attire l’attention des non-initiés : le Libor. Le London Interbank Offered Rate est le taux d’intérêt auquel les banques se prêtent entre elles. Il est calculé de façon presque artisanale : chaque jour, à 11 heures, un panel de banques envoie à l’Association des banquiers britanniques le taux auquel chacune emprunte des liquidités de court terme. Une moyenne pondérée est effectuée.

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