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Boeing : « Il peut paraître étonnant que la législation américaine demande aux constructeurs de s’autocontrôler »

Avant même que tous les accidents récents survenus sur les avions fabriqués par Boeing ne soient apparus, et que le récent suicide d’un lanceur d’alerte n’y ait ajouté une touche dramatique, la Federal Aviation Administration (FAA), l’agence fédérale de contrôle de l’aviation aux Etats-Unis, avait envoyé en 2023 chez Boeing une équipe pour vérifier son aptitude à exercer des fonctions de régulateur.

Son rapport a été publié le 26 février (Section 103 Organization Designation Authorizations [ODA] for Transport Airplanes Expert Panel Review Report, FAA, February 26, 2024). Il peut paraître étonnant que la législation américaine demande aux constructeurs de s’autocontrôler, mais cela se comprend : la complexité d’un avion est telle qu’on ne peut demander à la FAA, qui a des moyens limités, de tout faire sans rien louper.

Disposer au sein de la compagnie même de représentants investis d’une mission de contrôle indépendant, même s’ils sont payés par l’entreprise, c’est travailler main dans la main avec un même objectif, la sécurité. C’est du moins la théorie…

Une expertise trop dispersée entre les sites de l’avionneur

Cette fonction de contrôle chez Boeing est bel et bien séparée du reste de la compagnie. Elle est bien pourvue, avec 1 000 employés, intégrés dans le département régulation placé sous un Chief Aerospace Safety Officer. Elle peut mener des tests de conformité et approuver des plans. Mais la FAA y observe une baisse généralisée de compétences, comme dans les départements d’ingénierie ou de fabrication.

Le personnel aguerri a quitté l’entreprise lors du Covid-19 (encore lui !), lit-on, quand il n’a pas pris sa retraite. L’expertise est trop dispersée entre les sites de l’avionneur. Rien n’est mis en place pour la coordonner, la rassembler et la diffuser. Certains membres de l’équipe d’ingénierie se sentent isolés, peu supportés, sans mentorat ni partage du savoir.

C’est fâcheux quand on connaît les difficultés de recrutement dans l’aéronautique. Le passage du savoir d’une génération à l’autre est compromis. Les experts prennent sur eux de plus en plus de fonctions déléguées de la FAA. C’est autant de temps de moins consacré à la formation des ingénieurs contrôleurs juniors qui vont dire « oui » plus vite, trop vite, du premier coup.

Pas de canal clair pour rapporter les problèmes de sécurité

Les facteurs humains sont négligés. Ils sont essentiels car, que l’on sache, c’est toujours un pilote qui est aux commandes d’un avion. Leur retour, lors des essais, n’arrive pas toujours au plus haut niveau. Tout dépend de la sensibilité des personnes à ce niveau. Le rapport ne met pas en cause la compétence des pilotes d’avion employés par Boeing, au contraire.

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