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La planification écologique percutée par les crises

Le premier ministre, Gabriel Attal, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, et le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Christophe Béchu, à Matignon, le 21 février 2024.

Opération rattrapage du temps perdu, jeudi 14 mars, à Matignon. Après avoir reporté plusieurs fois le rendez-vous, Gabriel Attal reçoit les responsables de neuf associations écologistes. Toutes et tous arrivent lestés de leurs appréhensions sur ce nouveau premier ministre. En seulement quelques semaines, ce dernier a tenté de calmer les agriculteurs en reculant sur les normes environnementales et il a déjà sabré le « budget vert » de 2,2 milliards d’euros, secteur le plus touché par le récent plan d’économies de 10 milliards d’euros.

« Je tenais à vous exprimer un mea culpa sur l’absence d’audition des associations sur la crise agricole », lâche M. Attal en introduction, avant d’insister sur « la réalité économique et budgétaire compliquée » mais aussi de rappeler que lui, contrairement au ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, n’a jamais employé le terme « écoterroriste », une expression qui sera bannie dans son gouvernement, promet-il.

« Il était surtout dans une posture d’écoute, résume Antoine Gatet, président de France Nature Environnement. Nous, nous avions besoin d’entendre que le Secrétariat général à la planification écologique [SGPE] continuait d’exister et qu’il pourrait tenir tête éventuellement au ministre de l’agriculture. »

Deux heures plus tard, les militants sont repartis, toujours dans l’expectative. Où en est la planification écologique promise par Emmanuel Macron en 2022 ? Cette stratégie, qui doit intégrer les trajectoires de décarbonation au cœur des décisions politiques, existe-t-elle vraiment au-delà des PowerPoint préparés par le SGPE ?

Depuis le début de l’année, la situation est paradoxale. Cette semaine, le gouvernement a pu se targuer d’une baisse de 4,8 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) en 2023, selon les données du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) publiées jeudi 21 mars. Même s’il est difficile de faire la part du structurel et du conjoncturel – douceur des températures, sobriété subie à cause de l’inflation, croissance en berne… –, ce résultat remet la France un peu plus sur la voie de son engagement de baisse de 55 % des GES par rapport au niveau de 1990, première étape vers l’horizon de la neutralité carbone en 2050. « Pour tenir notre trajectoire en 2023, notre objectif était d’émettre moins de 397 millions de tonnes de gaz à effet de serre. Nous en avons émis 385 millions de tonnes », s’est félicité Emmanuel Macron sur X.

« C’est une période très difficile »

Mais derrière ces bons chiffres, les engagements de 2022 sont souvent balayés, suscitant l’inquiétude pour les trajectoires de décarbonation dans les années à venir. Car le gouvernement réagit aux crises en fragilisant des piliers essentiels de la transition écologique. Les normes sur les haies ou les zones humides et le plan Ecophyto ont été simplifiées ; l’augmentation du budget de 10 milliards d’euros, tant vantée par la majorité à l’automne 2023, a été très écornée ; le leasing social permettant aux ménages les plus modestes d’acquérir un véhicule électrique a été arrêté dès le 12 février, faute de moyens ; de possibles marqueurs politiques, comme la « grande loi de programmation sur l’énergie et le climat », ont été renvoyés aux calendes grecques…

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