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Sur Spotify, Johan Röhr, l’artiste aux 15 milliards d’écoutes

Sur sa très courte page Wikipédia, Johan Röhr, né le 20 septembre 1976 à Täby, au nord de Stockholm, est présenté comme « un compositeur, producteur et musicien suédois ». Il a beau avoir signé quelques chansons pour des grands noms de la variété suédoise, il n’en reste pas moins un parfait inconnu, y compris dans son pays. Et pourtant, selon une enquête du quotidien Dagens Nyheter, publiée mardi 19 mars, ses morceaux ont été écoutés plus de 15 milliards de fois sur la plate-forme de streaming Spotify, le plaçant devant le chanteur britannique Elton John (11,6 milliards de streams) ou le groupe suédois ABBA (7,6 milliards).

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Son secret ? Johan Röhr se cache derrière 650 faux noms d’artistes, hommes et femmes, qui ensemble ont signé au moins 2 700 morceaux instrumentaux. Parmi ces pseudonymes : Jason Larochelle, Xiaoming Chu ou Juliusz Borkowska. Les journalistes de Dagens Nyheter ont croisé plusieurs bases de données, qui leur ont permis de remonter la piste jusqu’au fameux Johan Röhr, dont le succès phénoménal s’explique par le fait que ses morceaux figurent sur plus d’une centaine de playlists particulièrement populaires, totalisant plus de 62 millions d’abonnés.

Sur celle intitulée « Stress Relief », qui compte 1,5 million d’abonnés, il a signé 41 des 270 titres. Sa mélodie la plus écoutée est une interprétation au piano de la berceuse Twinkle Twinkle, Little Star, signé du pseudonyme d’Adelmar Borrego, et qui a été écoutée 249 millions de fois.

Phénomène en plein essor

Johan Röhr n’est pas le seul dans cette situation. Selon l’enquête de Dagens Nyheter, 91 Suédois se cachent derrière 5 700 faux noms d’artistes, à l’origine de plus de 13 000 morceaux. Exemple : la playlist « Peaceful Piano », qui totalise près de 7,5 millions d’utilisateurs, inclut les mélodies d’une centaine de compositeurs totalement inconnus, dont les journalistes ont pu démontrer qu’ils étaient en fait des alias appartenant à ces Suédois.

Plus surprenant encore, l’enquête révèle l’existence d’un système qui favorise ce phénomène en plein essor : en échange de la promesse de figurer sur une playlist populaire, garantissant un grand nombre d’écoutes, les ayants droit et les labels acceptent des royalties plus basses de la part de Spotify – en général, un quart de la somme habituellement versée aux artistes pour chaque morceau écouté. Un juteux business, à en croire les chiffres présentés par Dagens Nyheter, puisque Johan Röhr a déclaré 32,7 millions de couronnes (2,9 millions d’euros) de revenus en 2022, et que les labels concernés ont vu leurs recettes monter en flèche ces dernières années.

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