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Goodyear, le manufacturier américain face à un scandale mondial des éclatements de pneus

Dix ans. Dix ans d’une incroyable croisade, menée dans l’ombre par une veuve sans le sou, retranchée dans son village franc-comtois, et visant une puissante multinationale, Goodyear, numéro trois mondial des pneumatiques. Un combat déséquilibré et, surtout, parfaitement désespéré ; du moins le croyait-on… Et pourtant. Armée de sa seule conviction et d’une volonté de fer, Sophie Rollet est en passe, avec l’aide d’improbables alliés, de réussir l’impossible : faire mettre un genou à terre à l’entreprise américaine.

Le 1er juillet 2020, Le Monde avait révélé la quête de cette ancienne assistante maternelle. Anéantie par la disparition brutale de son époux, Jean-Paul, un routier mort au cours de l’été 2014 sur l’autoroute A36, à moins de 10 kilomètres de chez lui, elle ne s’est jamais satisfaite de la version officielle, celle d’un dramatique mais banal accident de la route dû à l’éclatement malencontreux d’un pneu en surchauffe…

De sa vieille bâtisse située à Geney (Doubs), un hameau de 150 habitants, Sophie Rollet a passé une décennie à tenter de démontrer la responsabilité de Goodyear dans de nombreux accidents de poids lourds, en France, mais aussi un peu partout en Europe, dont celui qui a coûté la vie à son mari. Or, selon de multiples documents confidentiels que Le Monde est en mesure de révéler, les faits semblent lui donner raison.

Lire l’enquête : Article réservé à nos abonnés Face à Goodyear, Sophie Rollet « seule contre tous »

Courriels internes, tableaux secrets, stratégies ou chiffres dissimulés… Ces éléments, portant notamment sur de nombreux pays européens, documentent un scandale mondial aux graves conséquences : la société Goodyear est aujourd’hui accusée de ne pas avoir alerté le public sur les potentiels vices de fabrication affectant plusieurs dizaines de milliers de pneus fabriqués au Luxembourg et impliqués dans de très nombreux accidents… La justice et l’administration françaises ont, elles, bien tardé à prendre la mesure du problème.

En réalité, l’affaire débute quelques années avant la collision fatale à Jean-Paul Rollet ; peut-être par un autre accident de la circulation, tout aussi « banal », tout aussi tragique. Un carambolage comme les routes françaises en connaissent des milliers chaque année, et qui, en règle générale, sont uniquement traités par la presse locale. Comme ce 15 septembre 2011, lorsque le Midi libre titre en pages intérieures : « Nouveau drame sur l’A9 : deux morts et cinq blessés ».

La « fatalité » frappe encore

Le quotidien indique que, la veille, peu avant 13 heures, le pneu avant gauche d’un poids lourd italien transportant une cargaison de jus de tomate et de bobines d’aluminium a éclaté à hauteur de Loupian, dans l’Hérault. « Le routier italien a été tué, son confrère hongrois très grièvement blessé et évacué par hélicoptère vers Montpellier après une longue désincarcération », précise l’article. Dans leur procès-verbal de constatations, les gendarmes notent que « le premier poids lourd a traversé le terre-plein central pour venir percuter un autre poids lourd circulant en sens inverse, trois autres véhicules légers sont impliqués dans l’accident ». Le pneu incriminé est un Goodyear, modèle Marathon LHS II. La fatalité, pense-t-on…

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