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La mort de Claude Alphandéry, héros de la Résistance et économiste engagé

Claude Alphandéry, lors de la conférence de presse de présentation des états généraux de l’économie sociale et solidaire, au palais Brongniart, à Paris, le 9 juin 2011.

Peu d’hommes ont vécu autant de vies que Claude Alphandéry, mort le 26 mars à 101 ans. Il fut d’abord un grand résistant, ce qui façonna le reste de sa longue vie. Né le 27 novembre 1922 à Paris, fils unique d’un couple de bourgeois parisiens très tôt divorcés, il a 18 ans lorsque l’armée allemande envahit la France.

En hypokhâgne à Bordeaux, il déménage à Lyon pour intégrer le prestigieux lycée du Parc. Il y distribue tracts et journaux clandestins et effectue quelques liaisons. Une réflexion d’un camarade de classe sur la « racaille juive » va accélérer son engagement. « Je me suis senti rejeté, exclu de la société, paria ; j’avais à retrouver une identité, à prouver ma personnalité, ma capacité de résistance. (…) Après une nuit agitée, je décidais de quitter sans délai ma piaule et le lycée », raconte-t-il dans Une famille engagée. Secrets et transmission (Odile Jacob, 2015), le dernier de ses onze livres.

Il entre dans la clandestinité au cours de l’hiver 1942 et, dès l’année suivante, devient le chef départemental de la Résistance dans la Drôme et en Ardèche. Il finira la guerre comme président du comité départemental de libération de la Drôme et lieutenant-colonel des Forces françaises de l’intérieur (FFI). En dépit de son jeune âge, il parvient à réorganiser des réseaux profondément divisés entre communistes et gaullistes.

« On touche là à l’un des fils rouges de ma vie : si je suis capable de quelque chose, c’est bien de rassembler, raconte-t-il dans Une si vive résistance (Rue de l’échiquier, 2011). Cela vient sans doute d’une sorte d’empathie que j’ai à l’égard des gens : mes engagements personnels n’excluent pas la considération de ceux d’en face. »

Convictions politiques

Ceux qui l’ont connu gardent en mémoire sa vivacité intellectuelle, son sens de la négociation, sa modestie et son éternel sourire, franc et malicieux. Dans le maquis, à la faveur des longues veillées d’armes, il se forge des convictions politiques au contact des combattants communistes, rejetant les « puissances d’argent » de la IIIRépublique. Il se radicalise, lui qui fut couvé pendant ses vacances par un grand-père radical-socialiste, maire et député de Chaumont, petite ville conservatrice de la Haute-Marne.

Il adhère au Parti communiste en 1946. Après la Libération, il est à Moscou en tant qu’attaché d’information à l’ambassade de France. A peine le temps d’apprendre le russe et le marxisme, le rideau de fer tombe sur l’Europe. Il rentre à Paris pour passer le concours de l’ENA, mais il démissionne très vite. A contre-courant de l’histoire, ce grand romantique retourne à Moscou avec un double projet : retrouver la jeune femme russe dont il est épris et tenter de créer un hebdomadaire en langue française. Torpillée par le pouvoir soviétique, l’aventure tourne court.

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