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Raconte-moi ta vieillesse : « Oui, c’est vrai, on peut dire que je me sacrifie ici en pensant à là-bas »

A 20 ans, Faouzi dormait à Rouen dans un foyer Sonacotra. A 72 ans, Faouzi dort à Marseille dans un foyer Adoma. Adoma, c’est ainsi qu’a été rebaptisée la Société nationale de construction de logements pour les travailleurs algériens.

De « jeune travailleur étranger » à « retraité immigré », le statut de Faouzi a changé aussi. Et ses cheveux ont blanchi. Son dos a été opéré pour que ses vertèbres soient remises comme il faut. Ses enfants ont grandi. Ils ont eu des enfants eux aussi. Les trois derniers renouvellements de sa carte de séjour l’ont été pour dix ans à chaque fois. « Pour vous, c’est pareil, vous devez refaire vos papiers d’identité tous les dix ans, non ? »

On dit de lui que c’est un chibani (« cheveux blancs », en arabe), pour désigner son appartenance à la population de Maghrébins, en majorité, qui ont émigré vers la France pour travailler durant les « trente glorieuses ». « Dites plutôt que je suis un jeune chibani, s’il vous plaît, glisse-t-il. Je ne me sens pas fatigué, je ne suis pas malade, hamdoullah [“Dieu merci”], et je marche beaucoup. »

Chaque matin, vers 9 h 30, ce jeune chibani, donc, de confession musulmane, « Tunisien pur souche » et « citoyen marseillais », ferme la porte de sa chambre de 17 mètres carrés, quitte la Capelette, son quartier du 10e arrondissement de Marseille, et se rend dans le centre-ville. En bus, à pied, ou les deux. En ce début de mois de mars, l’hiver ne se fait pas encore printemps, la pluie et les flaques alternent avec les éclaircies. « Ce n’est pas grave, il faut sortir quand même. » Les surchaussures en plastique bleu qu’on donne à la mosquée, Faouzi les met sur ses chaussettes, dans ses baskets, et l’humidité est oubliée.

A gauche, Faouzi porte un sweat. Pour lui, c’est important d’avoir des vêtements modernes et confortables. Il porte aussi des baskets pour pouvoir se promener. A droite, son thé à la menthe dans un restaurant du quartier de Noailles, à Marseille, le 7 mars 2024.

Cap sur le Vieux-Port, la corniche, ou la Pointe-Rouge pour prendre l’air. S’il y a des soldes rue de Rome ou rue Saint-Ferréol, il aime y faire un peu de « lèche-vitrines », mais c’est souvent chez Primark qu’il trouve ce qu’il cherche et ce qu’on lui demande avant chaque retour en Tunisie. « C’est moi, le styliste de la famille. » Pour lui, il connaît aussi une petite friperie sur le cours Julien, qui vend de beaux pantalons kaki en velours côtelé à 1 euro. Pour marcher comme Faouzi marche tout le jour, il faut bien petit-déjeuner, et ce n’est pas son cholestérol « léger mais à surveiller » qui l’en empêchera : « On s’adapte, ce n’est pas grave. » Un œuf – sans son jaune –, une tartine de confiture – sans beurre – et un café – sans café mais avec du chocolat, de la chicorée et beaucoup de lait.

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