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Vincent Duclert, historien : « Zola réunit les figures de l’artiste visionnaire, du héros civique et de la vigie des injustices sociales »

Passionné de photographie, Emile Zola réalisera de nombreux autoportraits.

Vincent Duclert est historien, chercheur et ancien directeur du Centre Raymond-Aron (CESPRA, EHESS-CNRS). Spécialiste des engagements intellectuels et des sociétés démocratiques, il est notamment le biographe du capitaine Dreyfus, de Jaurès et d’Albert Camus. Il a réalisé pour les éditions Tallandier une édition critique de La Vérité en marche. Émile Zola (coll. « Texto », 2013, nouvelle édition augmentée et actualisée en 2021).

Avec Balzac, Flaubert et Maupassant, Émile Zola (1840-1902) appartient à ces écrivains qui tendent un miroir à leurs contemporains et qui décrivent la société telle qu’elle est. Mais, contrairement à eux, il apparaît comme un homme engagé, indigné et en lutte, que ce soit par ses romans comme Germinal, La Curée ou L’Argent puis par ses prises de position lors de l’affaire Dreyfus. À ce titre, peut-on dire qu’avec lui naît l’intellectuel du XXe siècle à la façon de Camus, de Sartre ou de Malraux ?

Certainement, et il convient de faire un peu d’histoire pour le comprendre et découvrir le rôle de Zola dans cette naissance de l’intellectuel. N’oublions pas qu’à la différence des grandes figures d’écrivains et de philosophes engagés des XVIIIe et XIXe siècles, l’intellectuel du XXe siècle s’inscrit dans un mouvement collectif et une pensée politique née de l’usage des savoirs, ce que ma thèse sur l’engagement des savants dans l’affaire Dreyfus s’est appliquée à démontrer.

Bien que signant seul sa Lettre au président de la République, que Georges Clemenceau publie dans L’Aurore en lui donnant son titre fameux, Émile Zola exprime cette politisation et cette socialisation. Avec « J’Accuse… !  » du 13 janvier 1898, il franchit le pas qui sépare la protestation littéraire contre les injustices et les violences de la société bourgeoise de l’engagement civique pour la défense des droits de l’homme et du citoyen constitutifs de l’idéal républicain. Sa lecture est profondément politique, au sens des valeurs et des principes qui doivent définir une société démocratique.

Cet article est tiré du « Hors-Série Le Monde / Une vie, une œuvre : Émile Zola », mars 2024, en vente dans les kiosques ou par Internet en se rendant sur le site de notre boutique.

Ces droits sont violés par la condamnation du capitaine Dreyfus, innocent du crime de haute trahison (envers l’Allemagne), condamné avant même d’être jugé parce que juif (d’Alsace) et officier moderniste. La conspiration d’État qui a rendu possible le verdict du 22 décembre 1894 et l’application de peines exceptionnelles – ­déportation perpétuelle en enceinte fortifiée, dégradation en place publique – brise l’État de droit et entraîne les institutions militaire, judiciaire, policière ainsi que le gouvernement dans des logiques d’arbitraire, d’antisémitisme et de persécution pour tous ceux qui oseraient protester tout en protégeant le véritable coupable, le commandant Esterhazy.

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