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Une comète et une éclipse de Soleil dans le ciel d’avril

La comète 12P Pons-Brooks animent le ciel du soir avec Jupiter et le Soleil disparaît en plein jour en Amérique du Nord le 8 avril.

Une éclipse totale de Soleil en trois images : au centre, le disque de notre étoile est totalement caché par la nouvelle lune et les filaments argentés de la couronne solaire sont visibles ; à gauche et à droite, quelques secondes avant le début de la totalité et après sa fin, les derniers et les premiers éclats du Soleil étincellent dans les creux des vallées qui découpent le limbe lunaire. Les panaches rouges de plusieurs protubérances solaires sont également visibles sur ces images prises avec un téléobjectif de 180 mm et un doubleur de focale lors de l’éclipse totale de Soleil du 1er août 2008 en Mongolie.
© Guillaume Cannat 

Le lundi 8 avril 2024, les observateurs bien situés en Amérique du Nord pourront observer avec les moyens de protection adéquats une éclipse totale de Soleil lorsque la nouvelle lune passera juste devant le disque solaire et que son ombre balayera le continent ; la durée de la totalité culminera à 4 minutes et 26 secondes au Mexique. De très nombreuses grandes villes mexicaines, américaines, canadiennes et québécoises vont être plongées plus ou moins longuement dans l’obscurité au fil du trajet de l’ombre lunaire. Pendant la totalité, seule phase de ce phénomène céleste qui peut être observée à l’œil nu sans protection car l’intense éclat solaire est alors bloqué par le disque lunaire, les points éclatants de Vénus et de Jupiter seront visibles à l’ouest et à l’est du Soleil. En dehors de la totalité, et depuis tous les lieux où l’éclipse est partielle, l’utilisation de filtres de protection spéciaux est impérative car l’observation directe du Soleil peut engendrer des brûlures irréversibles sur la rétine. Une belle éclipse partielle sera observable en fin d’après-midi en Islande et, à la toute fin de ce rendez-vous astronomique, le disque solaire se couchera de moins en moins rongé par la Lune de l’Irlande aux Canaries. En France métropolitaine, nous devrons attendre jusqu’au 29 mars 2025 pour observer une éclipse partielle de Soleil.

Ce schéma montre la trajectoire de l’ombre de la Lune sur la Terre (bande sombre bordée de rouge) le 8 avril 2024 ; il a été réalisé avec le logiciel Solar Eclipse Maestro de Xavier Jubier. Les heures sont données en temps universel et les régions où une éclipse partielle de Soleil est observable sont situées sous les courbes vertes avec l’indication de la fraction du disque solaire éclipsée par le disque lunaire. L’éclipse commence au lever du Soleil dans l’océan Pacifique à près de 1 500 km au nord-ouest de la Polynésie française, où le phénomène n’est pas observable. L’ombre de la Lune balaye plus de 6 500 km d’océan avant de toucher la côte ouest du Mexique au niveau de la ville de Mazatlán, où la totalité dure plus de 4 minutes et 26 secondes. Vénus, à 15° à l’ouest du Soleil, et Jupiter, à près de 30° à l’est, seront bien visibles à l’œil nu durant la totalité ; quant à la comète 12P Pons-Brooks, dont je parle un peu plus loin dans ce billet, elle sera présente dans le ciel non loin de Jupiter, mais son éclat ne permettra pas un repérage à l’œil nu et les éclipses totales de Soleil sont tellement rares qu’il serait dommage de perdre du temps à chercher une petite comète avec un instrument au lieu de profiter de la totalité ! Après le Mexique, l’ombre lunaire entrera au Texas et poursuivra sa route vers le Canada plongeant dans le noir les grandes villes de Waco, Dallas (3 minutes et 48 secondes de totalité), Conway, Indianapolis, Cleveland, Montréal (1 minute et 30 secondes), Sherbrooke (3 minutes et 23 secondes) et frôlant Toronto. Le pinceau d’obscurité lunaire survolera enfin le nord de l’océan Atlantique où l’éclipse totale prendra fin au coucher du Soleil à près de 1 000 km à l’ouest des côtes espagnoles. Une éclipse de Soleil partielle sera visible de part et d’autre de la bande de centralité, de l’océan Pacifique à l’océan Atlantique, dans toute l’Amérique du Nord (sauf l’Alaska), au Groenland et en Islande. Le Soleil se couchera de moins en moins rongé par la Lune en Irlande, en Écosse, en Angleterre, en Espagne, au Portugal et dans les îles occidentales des Canaries. Je rappelle qu’il faut impérativement des lunettes de protection ou des filtres spéciaux pour observer une éclipse de Soleil ; seule la totalité durant laquelle l’éclat du disque solaire est totalement caché par la Lune peut être observée sans filtre.

L’autre beau rendez-vous astronomique d’avril est la comète 12P Pons-Brooks qui est observable le soir et au crépuscule une grande partie du mois dans l’hémisphère Nord ; les conditions sont moins favorables en début de mois au sud de l’équateur. Découverte en juillet 1812 par le Français Jean-Louis Pons et redécouverte à son passage suivant par l’Américain William Brooks en septembre 1883, cette comète périodique revient tous les 71 ans à proximité du Soleil. Elle a été observée lors de son dernier passage en 1954 et elle sera au plus près du Soleil – son périhélie – le 21 avril 2024. Le noyau de cette comète fait preuve d’une activité régulière avec de brusques sursauts d’éclat depuis plusieurs mois et les astrophotographes bien équipés ont déjà réalisé de belles images de la longue queue de gaz et de poussières qu’elle a engendré sous l’effet du rayonnement solaire.

En avril, cet astre chevelu va passer à quelques degrés sous le point éclatant de Jupiter dans le ciel du soir et il devrait être possible de l’observer avec des jumelles dans le même champ que la planète entre le 9 et le 17, ce qui devrait faciliter son repérage. Il faut impérativement s’éloigner des villes et des sources de pollution lumineuse pour avoir un horizon ouest-nord-ouest limpide et le plus sombre possible car la comète se couche en début de nuit puis durant le crépuscule ; prendre un peu d’altitude est aussi une bonne idée pour améliorer la transparence de l’atmosphère à l’horizon. À partir du 10 avril, la Lune de plus en plus lumineuse sera présente dans le ciel du soir et la recherche de la comète deviendra plus délicate. La comète 12P Pons-Brooks ne sera probablement pas repérable à l’œil nu aussi bas dans le ciel crépusculaire, sauf si elle connaît un beau sursaut d’activité à l’approche du Soleil, mais avec des jumelles et photographiquement elle devrait constituer une belle cible, surtout avec Jupiter pour aider à la localiser. Relisez ce billet (septembre 2023) ou celui-ci (décembre 2021) pour avoir des exemples de temps de pose pour photographier une comète dans le ciel crépusculaire. Dans le cas présent, je pense qu’un petit téléobjectif de 70 à 85 mm devrait permettre de réaliser de jolis cadrages avec Jupiter et les Pléiades en prime.

 

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Chaque mois, je vous propose de découvrir mes images du ciel dans ma Lettre du Guide du Ciel.

Le croissant lunaire rend visite aux Pléiades.
© Guillaume Cannat

Quelques rendez-vous à admirer dans le ciel d’avril

Le mercredi 10 avril au crépuscule, le mince croissant de la jeune Lune et sa délicate lumière cendrée nous invitent à sortir et à regarder vers l’ouest. Une heure après le coucher du Soleil, l’éclat iridescent de Jupiter attire le regard à près de trois degrés sur la gauche de l’arc sélène. Ce couple resplendit à une quinzaine de degrés de hauteur, ce qui facilite son repérage à peu près partout, sauf si vous vivez dans une vallée encaissée aveugle dans cette direction. Laissez filer le temps pour que la nuit s’installe et que de plus en plus d’étoiles percent sa peau sombre. Vous verrez alors le petit groupe des Pléiades à une douzaine de degrés au-dessus de la Lune, tous ces astres dominant à présent l’horizon ouest-nord-ouest. Le jeudi 11 avril à la fin du crépuscule, un peu plus d’une heure et demie après le départ du Soleil, l’épaisseur du croissant a doublé et il est installé à trois degrés des Pléiades. Remarquez l’étoile orangée Aldébaran du Taureau à une douzaine de degrés sur la gauche de la Lune.
Rien n’est jamais garanti avec les comètes, mais, le samedi 13 avril à la fin du crépuscule, une heure et demie après le coucher du Soleil, la petite tache cotonneuse de la comète 12P Pons-Brooks pourrait être observable vers l’ouest-nord-ouest, trois degrés sous Jupiter. L’absorption atmosphérique devrait atténuer sa brillance à l’approche de l’horizon, je vous conseille donc d’utiliser des jumelles et de mettre Jupiter en haut du champ pour tenter de la distinguer au centre. Notez que Jupiter et le noyau de la comète seront dans le même champ de jumelles entre le 9 et le 17 avril.
Le mardi 23 avril à l’aube, une heure avant le lever du Soleil, la brillante étoile Spica est pelotonnée contre le limbe d’une Lune pratiquement pleine. Ce duo est installé à près de cinq degrés de hauteur au-dessus de l’horizon ouest-sud-ouest. Spica, l’une des plus belles étoiles du ciel de printemps, apparaît comme un magnifique diamant solitaire avec un reflet blanc-bleu, mais, en réalité, il s’agit d’un système stellaire multiple qui ne réunirait pas moins de cinq étoiles. Les deux plus imposantes, celles qui forment le point lumineux que nous nommons Spica, sont deux géantes bleues six et onze fois plus massives que le Soleil. Elles sont tellement proches l’une de l’autre que leur attraction mutuelle les déforme, faisant presque ressembler leur couple à une gigantesque cacahuète cosmique. La collision permanente des flots de particules qu’elles expulsent à plusieurs centaines de kilomètres par seconde engendre une émission très puissante de rayons X. Pour les astrophysiciens, la plus massive des composantes de Spica pourrait se transformer en supernova à n’importe quel moment. Un spectacle qui ne manquerait pas d’intérêt puisqu’elle ne se situe qu’à 250 années-lumière de nous et que l’éclat de son explosion lui permettrait certainement de rivaliser avec Vénus ou la Lune durant des semaines !

Phases de la Lune en avril
La Lune est au dernier quartier le 2 dans le Sagittaire, nouvelle le 8 dans les Poissons, au premier quartier le 15 dans les Gémeaux et pleine le 24 dans la Vierge.

Le ciel en avril
Le mois d’avril plaque Orion et le Grand Chien contre l’horizon ouest à la fin du crépuscule. Ce sont les derniers éclats de Rigel, Bételgeuse et Sirius, que nous retrouverons à l’aube au fil de l’été. La tête d’affiche est offerte au Lion ce mois-ci. Régulus, Denebola et leurs compagnes brillent à plus de cinquante degrés de hauteur au-dessus de l’horizon sud en début de nuit. Elles dominent un vaste désert pour les observateurs urbains, car les figures de l’Hydre femelle, de la Boussole ou de la Coupe qui emplissent cette portion du ciel ne possèdent pas d’étoiles assez éclatantes pour percer le voile nauséeux de la pollution lumineuse. Seul le petit quadrilatère du Corbeau pourra éventuellement attirer votre regard, mais ce n’est pas la figure la plus intéressante qui soit, même si elle abrite quelques nébuleuses et galaxies superbes à voir dans un grand télescope. La Vierge et le Bouvier, avec leurs brillantes étoiles Spica et Arcturus, sont de bien plus belles créations. Elles s’élèvent à l’est du ciel au début des nuits printanières et vous pouvez utiliser la courbure du manche de la Casserole (Grande Ourse) pour arriver à leur niveau. À propos de la Casserole, remarquez qu’elle se situe au plus haut de sa trajectoire nocturne, il est donc impossible de la manquer, ce qui peut arriver lorsqu’elle flirte avec l’horizon et que des arbres ou des bâtiments la cachent. À l’est-nord-est, Véga et Deneb annoncent l’arrivée du Triangle d’été. En fin de nuit, nous contemplons le ciel tel qu’il apparaît au début des belles nuits d’été avec le Scorpion et le Sagittaire au sud et la Voie lactée arquée vers le zénith.

Carte du ciel visible en avril 2024 vers la fin du crépuscule à la latitude de la France métropolitaine. Les cartes de ce billet peuvent être utilisées en Europe et dans le monde à l’intérieur d’une bande s’étendant de 38° à 52° de latitude nord. Si vous êtes à plus de 45° nord, l’étoile Polaire sera plus haute dans votre ciel et, le soir, Régulus du Lion sera d’autant plus proche de l’horizon sud. Si vous êtes à moins de 45° nord, l’étoile Polaire sera plus proche de l’horizon nord et Régulus sera plus éloignée de l’horizon sud. Cliquez sur la carte pour l’afficher en grand et l’imprimer pour votre usage personnel.
Cette carte montre le ciel visible en avril 2024 à l’orée de l’aube à la latitude de la France métropolitaine. Attention, les cartes du ciel ne sont pas à l’envers ! Elles représentent simplement les astres qui sont situés au-dessus de nos têtes. Si vous vous allongiez avec la tête vers le nord et les pieds vers le sud, l’est serait bien à votre gauche et l’ouest à votre droite. Utilisez ces cartes en les imprimant et en les faisant tourner de telle sorte que le nom de la direction dans laquelle vous observez soit écrit à l’endroit. Les constellations et les étoiles que vous retrouverez dans la portion du ciel qui vous fait face sont toutes celles dont le nom est lisible sans trop pencher la tête. Les noms des constellations et de leurs principales étoiles sont indiqués, ainsi que le tracé des constellations les plus importantes ; ce tracé est parfois incomplet lorsque la figure est en partie cachée sous l’horizon. Le ciel est très vaste et les constellations qui semblent petites sur les cartes sont, en fait, très grandes : votre main ouverte et bras tendu cache ainsi à peine l’ensemble du Chariot de la Grande Ourse.


La vingt-deuxième édition de mon guide consacré à l’observation du ciel à l’œil nu est disponible, vous pouvez donc la trouver dans votre librairie habituelle. Elle est truffée de récits d’observations et de conseils pratiques, épicée d’informations encyclopédiques ou mythologiques sur les planètes et les étoiles, et d’idées pour observer ou photographier facilement les plus beaux rendez-vous entre les planètes, le Soleil et la Lune visibles de janvier à décembre 2024. Si vous aimez ce billet mensuel, vous apprécierez les informations complémentaires proposées chaque mois par ce livre.

 


Quant à mon Calendrier Astronomique pour l’année 2024, vous pouvez également le trouver ou le commander en librairie et il vous propose douze superbes images du ciel en très grand format (39 x 58 cm ouvert) ainsi que le rappel des rendez-vous célestes à ne pas manquer au fil des mois.

 

Guillaume Cannat (pour être informé de la parution de chaque nouvel article, suivez-moi sur X, sur Facebook ou sur Instagram)


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