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Luc Rouban, politiste : « C’est l’échec du macronisme, comme formule politique, qui se joue en ce moment »

Emmanuel Macron, lors des Rencontres des cadres dirigeants de l’Etat, à Paris, le 12 mars 2024.

Luc Rouban est directeur de recherche au CNRS et travaille au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Ses travaux portent sur la sociologie des élites, l’évolution de la démocratie représentative et de la vie politique. Il vient de publier Les Racines sociales de la violence politique (éd. de l’Aube, 192 pages, 18,90 euros).

Bercy vient d’annoncer un nouveau dérapage du déficit public, en quoi est-ce une menace pour la crédibilité du camp présidentiel ?

Le macronisme est un managérialisme. Emmanuel Macron a été élu au nom de l’idée d’une bonne gestion du pays, en arguant que l’efficacité politique n’était ni de droite ni de gauche. Or si vous vous positionnez sur ce terrain-là, vous avez intérêt à obtenir des résultats budgétaires et financiers. Force est de constater que si le chef de l’Etat était patron d’une grande entreprise, il serait, aujourd’hui, mis en cause par le conseil d’administration et par les actionnaires principaux.

C’est donc l’échec du macronisme comme formule politique qui se joue en ce moment. La verticalité de son style présidentiel fait qu’on va lui imputer directement les déboires que son gouvernement rencontre dans la gestion des finances publiques. Le chef de l’Etat, qui n’a pas de majorité à l’Assemblée nationale depuis 2022, peut maintenir l’illusion que son pouvoir est intact, grâce à certains artifices constitutionnels et, surtout, par la légitimité que lui confère l’élection présidentielle. Mais si à la rupture entre les Français et le gouvernement s’ajoute une fracture avec les notables et les dirigeants économiques, la situation va devenir très difficile.

Les oppositions attaquent l’exécutif. En particulier la droite, jusqu’ici plutôt conciliante, qui menace de censurer le gouvernement…

Politiquement, le problème des Républicains se situe, d’abord, dans le fait d’être pris en tenaille dans une opposition au macronisme, mais aussi au Rassemblement national (RN). Comme la fin temporelle du macronisme approche avec l’élection présidentielle de 2027, les Républicains (LR) entendent bien récupérer leur électorat ayant choisi soit Emmanuel Macron, soit Eric Zemmour, lui aussi très libéral. Or l’argument consubstantiel à la droite, c’est celui de la compétence et du sérieux en matière budgétaire et de finances publiques, dans une optique très libérale. C’est désormais leur seule raison d’être, à un moment d’extrême vulnérabilité électorale pour la droite post-gaulliste.

Ce réquisitoire sur la gestion des comptes publics est donc une façon pour LR de prendre le macronisme à son propre piège, alors qu’il s’est de plus en plus droitisé, en poussant le gouvernement à assumer une politique libérale de droite et de réduction des dépenses publiques. Si les macronistes s’y refusent, ils seront bien seuls et feront face à un risque élevé de motions de censure, qui pourrait cristalliser un nouveau rapport de force désormais favorable à LR.

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