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La « Joconde du Cambodge », un grand Vishnou en bronze, bientôt étudiée à Paris

Buste du Vishnou en bronze à quatre bras du temple du Mébon occidental, à Angkor (Cambodge). Cliché pris entre 1962 et 1966 au Musée national du Cambodge, à Phnom Penh.

A en croire l’archéologue français Brice Vincent, de l’Ecole française d’Extrême-Orient, ce serait la « Joconde du Cambodge ». Ou plutôt la « Vénus de Milo du Cambodge », car il lui manque aussi deux bras… même s’il lui en reste deux autres, car il s’agit d’une statue en bronze de Vishnou. Découverte en 1936 par le Français Maurice Glaize sur une île située au centre du plus grand bassin d’Angkor, dans ce qui était jadis le temple du Mébon occidental, elle représente le dieu couché sur le côté. On estime qu’à l’origine, c’est-à-dire lors de sa fabrication au XIe siècle, l’œuvre, une commande royale, devait mesurer entre 5 et 6 mètres de long. Une quarantaine de gros fragments ont été mis au jour – accompagnés de plusieurs centaines de petits morceaux –, mais seule est aujourd’hui exposée la partie supérieure de la statue, comprenant la tête, les deux bras droits et le haut du torse. Le tout dépassant tout de même les 2,20 mètres de long.

En mai, ce Vishnou souriant quittera le Musée national du Cambodge pour venir en France. Il sera, en effet, le clou d’une exposition sur les bronzes khmers qui se tiendra à Paris, au Musée Guimet, en 2025. Mais, avant cela, la statue va passer quelque temps au Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) et, tout particulièrement, entre les mains du spécialiste de l’archéométallurgie qu’est David Bourgarit.

« On a toujours voulu l’étudier, car c’est une œuvre majeure », dit d’emblée cet expert. De minuscules échantillonnages ont déjà été effectués au Cambodge, mais certains morceaux de cette statue, qui n’a pas été coulée en une seule fois, restent à analyser. Pourquoi utiliser une microperceuse dotée d’une mèche de 1 centimètre de long et de 1 millimètre de diamètre, et ne pas se contenter de gratter un peu la surface ? « Cette surface a 1 centimètre de corrosion, répond David Bourgarit. Si on veut analyser le métal, il faut aller en son cœur. Mais on n’en prélève que 20 milligrammes. »

L’aspect original de l’œuvre, entièrement doré

Définir la composition de l’alliage, déterminer l’origine géographique du cuivre, comparer avec les résidus de fonderie que M. Vincent a mis au jour près du palais royal d’Angkor, tels sont les premiers objectifs du projet de recherche. Les premières analyses ont montré que le bronze du Vishnou « collait » avec celui utilisé sur ce site archéologique. Un résultat qu’il faut désormais confirmer, notamment en effectuant des prélèvements dans le noyau d’argile de la statue et en le comparant avec l’argile utilisée dans l’atelier d’Angkor. Dans le même ordre d’idées, « nous allons aussi étudier les réparations que la statue a subies, poursuit M. Bourgarit. Il y en a beaucoup avec des petits patchs de cuivre non allié. Or, à la fonderie, fouillée depuis quelques années par Brice Vincent, on a retrouvé des plaquettes de cuivre qui ressemblent étrangement à ces “pansements” ».

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