Close

Aux Etats-Unis, « depuis 2016, le péril de l’acier chinois est devenu une posture de campagne »

Le président des Etats-Unis, Joe Biden, s’exprime au siège du syndicat des travailleurs de l’acier, à Pittsburgh (Pennsylvanie), le 17 avril 2024.

Pittsburgh, Pennsylvanie. Le président des Etats-Unis avait choisi le cœur de cette « ceinture de la rouille » (Rust Belt), ravagée par la désindustrialisation après avoir fait la grandeur de l’industrie nationale jusqu’aux années 1970, pour lancer, mercredi 17 avril, une attaque contre le dumping chinois sur l’acier. Et une nouvelle offensive de charme en direction d’une classe ouvrière gagnée par le discours de Donald Trump dans un Etat pivot (swing State) pour l’élection présidentielle du mardi 5 novembre.

Depuis le siège du syndicat des travailleurs de l’acier, Joe Biden a annoncé sa volonté de tripler les taxes sur ce métal (et l’aluminium) importé de Chine, aujourd’hui de 7,5 %. Le pays, qui assure près de la moitié de la production mondiale, inonde les marchés de ses énormes surplus, avec des produits de base à des prix deux fois inférieurs à ceux des aciéristes américains ; ou avec ses biens manufacturés (voitures, éoliennes…) à base d’acier. Le tout en affichant un mauvais bilan carbone, martèle la Maison Blanche.

« Je veux une concurrence avec la Chine, pas un conflit », déclare M. Biden sur X, en réaffirmant aux syndicats sa volonté de les embarquer dans la défense du « made in America ». Cette politique passe aussi par son hostilité à la vente au japonais Nippon Steel de US Steel, « une entreprise emblématique depuis plus d’un siècle » et qui « doit rester totalement américaine ». Il s’est dit prêt, comme M. Trump, à bloquer l’opération en cours d’examen par la commission fédérale sur les investissements étrangers.

Pression permanente et tous azimuts

Depuis 2016, le péril de l’acier chinois est devenu une posture de campagne. Non sans une bonne dose d’opportunisme, voire de cynisme, dans le discours du président candidat sur le Japon et la Chine. Nippon Steel est certes japonais, mais l’archipel est un allié indéfectible des Etats-Unis. Quant à la menace chinoise, elle n’existe pas, si l’on en croit les données du Census Bureau, l’« Insee américaine » : les Etats-Unis importent très peu d’acier chinois (3 % de leurs achats) ; et même 2,1 %, selon l’American Iron and Steel Institute.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Joe Biden opposé au rachat d’US Steel par une entreprise japonaise

Mais Washington a décidé d’exercer une pression permanente et tous azimuts sur la Chine. La « guerre de l’acier » n’est rien comparée à la « guerre des puces ». Au nom de la sécurité nationale, Washington fait tout pour priver Pékin des semi-conducteurs de dernière génération, y compris en tordant le bras à ses propres alliés.

M. Biden l’a réaffirmé à son homologue chinois, lui reprochant de vouloir les utiliser « pour de mauvaises raisons ». Xi Jinping estime que c’est pour les meilleures : devenir la première puissance économique, technologique et militaire en 2050. Un rêve chinois, un cauchemar américain.

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top