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Amnesty dénonce les tortures commises par les forces kurdes dans les camps du nord-est de la Syrie

Dans le camp de Roj, près de Malikiyé, dans la province de Hasakah, dans le nord-est de la Syrie, le 8 octobre 2023.

« Il n’y avait pas de jour ni d’heure précis, ni de méthode de torture… Le pire, c’était quand ils entraient dans la pièce. Nous étions tous dans un coin, face au mur. [Ils] transportaient des tuyaux en plastique, des câbles, des tuyaux en acier, et ils nous frappaient partout – sur les épaules, la tête, le dos, il n’y avait aucune partie de votre corps qui n’était pas battue… », débute Yusuf (qui n’a pas donné son nom). Le récit que cet ancien détenu de la prison de Sini, située près de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, a confié aux enquêteurs d’Amnesty International décrit un quotidien brutal et inhumain, fait de violences physiques et sexuelles, d’humiliations, de privations d’eau, de nourriture et de soins médicaux, qui aurait conduit à la mort de centaines de détenus.

La torture et les mauvais traitements pouvaient aller jusqu’aux violences sexuelles. « Tous les quinze jours, ils nous faisaient sortir, dans la cour, tous nus… [Le garde] prenait le manche à balai, mettait du savon dessus et le mettait dans nos corps. Ils violaient les gens avec ce bâton… Une fois, ils m’ont emmené [hors de la cellule] avec un autre gars… Ils ont apporté un câble électrique du générateur, et ils ont continué à nous torturer à l’électricité… Je pense que le gars à côté de moi est mort. Il a arrêté de bouger et de crier… », a encore confié Yusuf.

Dix mille personnes, dont des adolescents et une centaine de femmes, sont encore emprisonnés pour appartenance au groupe Etat islamique (EI) dans les prisons administrées par les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde), soutenues par la coalition internationale de lutte anti-EI emmenée par les Etats-Unis. Depuis que le califat autoproclamé de l’EI a été défait dans son dernier bastion du nord-est syrien en 2019, le sort des combattants du groupe djihadiste et de leurs familles reste insoluble. De nombreux pays, dont la France, n’ont pas rapatrié l’ensemble de leurs ressortissants, qui avaient rejoint la Syrie et l’Irak pour combattre au sein de l’EI.

« Crimes de guerre »

Dans un rapport intitulé « Conséquences : injustice, torture et mort en détention dans le nord-est de la Syrie », publié mercredi 17 avril, Amnesty International a documenté des abus généralisés dans vingt-sept centres de détention, ainsi que dans les camps d’Al-Hol et de Roj, où l’EI continue d’exercer son influence et où vivent 56 000 personnes, pour la plupart des femmes et des enfants originaires de Syrie, d’Irak, ainsi que de soixante-quatorze pays, dont la France. « Les personnes détenues dans ce système sont confrontées à des violations à grande échelle de leurs droits, dont certaines constituent des crimes de guerre », alerte Nicolette Waldman, l’un des auteurs du rapport, réalisé auprès de 126 détenus et anciens détenus ainsi que de représentants de l’administration locale et de travailleurs humanitaires.

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