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Pour l’unité d’enquête spécialisée de l’OCLCH, une décennie de lutte contre les crimes contre l’humanité

Un gendarme français dans les locaux de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité, les génocides et les crimes de guerre (OCLCH), le 21 janvier 2021 à Paris.

C’est peut-être le moins connu des offices spécialisés de la police et de la gendarmerie nationale, c’est pourtant celui qui traite des crimes les plus graves : génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, torture − quand elle est pratiquée par des Etats ou des entités para-étatiques − mais aussi tous les crimes de haine, qu’ils soient commis en raison de la race, de la religion, de la nationalité, de l’ethnie, du sexe ou de l’orientation sexuelle. L’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH) se trouve dans un vieux bâtiment du XIXe siècle à la lisière de Paris, sur les boulevards des maréchaux qui étaient doté de « bastions » destinés à ceinturer la capitale sujette à de régulières poussées de fièvre révolutionnaire.

L’OCLCH partage ses locaux avec la section de recherche de Paris, dont elle est issue. L’office, qui a été créé par un décret du 5 novembre 2013, fête ses dix années d’activité en 2024. En une décennie d’existence, ce jeune office central spécialisé est passé de 30 à 170 dossiers − toujours en cours − et d’un seul pays concerné par les enquêtes − le Rwanda − à 32, dont la Syrie, la Libye, la République démocratique du Congo, le Liberia, l’Ukraine, etc.

Le personnel est passé de 12 gendarmes à 42 membres, dont plusieurs civils et deux policiers. Une montée en puissance qui illustre l’imbrication de plus en plus grande entre la matière judiciaire et l’actualité internationale, mais aussi la prise en compte accrue des discours en ligne.

Enquêtes et documentation

« A nos débuts, la quasi-totalité de nos dossiers étaient consacrés au génocide des Tutsis au Rwanda, résume le général Jean-Philippe Reiland, qui dirige l’OCLCH. Nous avons considérablement élargi nos compétences en traitant de crimes contre l’humanité, notamment en Syrie [une quarantaine de dossiers sont ouverts], et de crimes de guerre, surtout en Ukraine, avec des enquêtes de plus en proches de l’actualité. » Le délai entre les faits et l’enquête se sont considérablement réduits : ainsi, trois jours après la mort de deux humanitaires français, tués par un tir de drone le 1er février dans la région de Kherson, en Ukraine, des enquêteurs de l’OCLCH étaient à pied d’œuvre à Kiev.

Les méthodes d’enquête ont également beaucoup évolué : des rapports internationaux ou d’ONG, agrémentés de témoignages, on est passé à l’enquête en source ouverte grâce à des images satellites, à de la modélisation 3D, etc. en s’appuyant sur le protocole mis au point par l’université de Berkeley (Californie). « Mais un office central, ce n’est pas seulement une unité d’enquêtes, insiste le général Reiland. C’est aussi un centre de documentation, un référent expert sur le contentieux et un point de contacts pour les échanges internationaux, notamment avec d’autres juridictions et services d’enquête. »

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