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La sélection naturelle ne signifie pas forcément la sélection du plus fort

Dans le langage courant, le mot « théorie » a souvent une connotation péjorative : on y pense comme un ensemble d’affirmations qui risquent d’être mises en défaut dès la première confrontation avec l’expérience. Les scientifiques utilisent cependant ce mot dans un sens très différent : il s’agit, au contraire, de faits validés expérimentalement qui sont mis globalement en cohérence, grâce à un petit nombre de règles logiques. Cela ne signifie pas qu’une théorie ne peut pas être discutée et, parfois même, remise en question, mais il s’agit alors de compléments ou de précisions sur les conditions de son application.

La théorie de l’évolution est un bon exemple. Certes, la vision initiale de Charles Darwin, au XIXe siècle, s’est considérablement enrichie par la compréhension des mécanismes de la génétique, au XXe siècle, mais le socle reste immuable : Darwin n’avait pas « tout faux », comme on a pu le lire récemment dans le supplément « L’Epoque » du Monde. Les membres d’une même espèce présentent un grand nombre de variations, dues pour l’essentiel au hasard, et l’environnement fait en quelque sorte le tri, en favorisant ceux qui laisseront le plus de descendants. Mais il ne faut surtout pas en conclure que la sélection naturelle conduit à des êtres vivants parfaits.

Le biologiste Stephen Jay Gould, grand vulgarisateur de la théorie de l’évolution, explique que les imperfections représentent la preuve essentielle qu’un processus évolutif a pris place. Les organismes et les écosystèmes ne peuvent pas être façonnés de manière optimale, car ils sont passés par des cheminements complexes dans l’histoire.

Une pierre n’a aucune intention

Gould présente une analogie frappante : l’ordre des lettres sur nos claviers d’ordinateur, descendants des machines à écrire inventées au XIXe siècle. A l’époque, il fallait résoudre un problème technique : les barres qui supportaient les lettres avaient tendance à s’emmêler si on tapait trop vite. Il a fallu répartir les lettres en faisant en sorte que des touches proches sur le clavier portent des lettres qui ne soient pas proches dans trop de mots. C’est ainsi que les claviers sont devenus qwerty ou azerty (deux espèces différentes).

Au cours de l’histoire, beaucoup de claviers plus performants ont été imaginés, mais ils n’ont pas réussi à supplanter qwerty, alors même que le problème technologique avait totalement disparu. Aujourd’hui, nos ordinateurs ont des claviers répartis en dépit du bon sens, mais personne ne s’aviserait de proposer une modification, car nous ne souhaitons pas changer nos habitudes.

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