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« Les druides ont élaboré une religion nouvelle à l’échelle de la Gaule entière »

La cueillette du gui par les druides en Gaule. Gravure anonyme du XIXe siècle.

Dans Les Druides. Des philosophes chez les Barbares (Points, 2015), l’historien Jean-Louis Brunaux avait déjà cassé bon nombre d’idées reçues sur les druides authentiques, ces figures de la Gaule antique qui ont inspiré (et qui continuent de le faire) l’imaginaire européen durant des siècles, de Merlin l’enchanteur à Panoramix. Dans La Cité des druides. Bâtisseurs de l’ancienne Gaule (Gallimard, 254 pages, 20,50 euros), ce directeur de recherche au CNRS continue d’explorer le rôle et la place des druides dans la société gauloise qui les a vus naître et disparaître, au sein de laquelle ils ont su « mettre sur pied une religion nouvelle ».

Des druides pratiquant des sacrifices humains sur des dolmens : voilà ce que l’on peut avoir en tête quand on songe à la religion gauloise… Cette imagerie a-t-elle une part de vérité ?

Jean-Louis Brunaux : Tout cela relève de fantasmes. Commençons par dire que menhirs et dolmens n’ont rien de gaulois, n’en déplaise à Obélix. Les mégalithes que l’on trouve dans certaines régions de France sont très antérieurs à la période gauloise, puisqu’ils datent du néolithique (Xe-IIIe millénaire av. notre ère). Quant aux sacrifices humains, ils furent rares et n’ont rien de spécifiquement gaulois, puisque d’autres peuples antiques les pratiquèrent, dont les Grecs et les Romains.

Ajoutons que les druides n’avaient pas pour fonction de réaliser des sacrifices. Toute cette imagerie découle, en vérité, d’un mouvement d’idées apparu au XVIIIe siècle, le « néodruidisme », dont le fondateur est l’Irlandais John Toland [1670-1722]. Celui-ci mélange des choses qui n’ont rien à voir entre elles jusqu’à créer une espèce de mythologie sans fondement historique. C’est de la pure fantasmagorie, une forme d’heroic fantasy avant l’heure…

Et les Gaulois craignaient-ils effectivement que le ciel leur tombe sur la tête ?

Sur ce point, les albums d’Astérix ne se trompent pas : cette peur existait bel et bien. On le sait par l’un des plus anciens textes que nous possédions sur la civilisation gauloise. Dans son Histoire d’Alexandre le Grand, Ptolémée Lagos évoque, en effet, une rencontre, en 335 av. notre ère, entre Alexandre le Grand et une troupe de guerriers gaulois dans le nord de la Grèce. A cette occasion, le roi de Macédoine leur demanda ce qu’ils craignaient le plus. Les Gaulois répondirent qu’ils ne redoutaient personne et avaient seulement peur que le ciel leur tombe sur la tête.

Cette réponse a été tournée en ridicule, qu’on la tienne pour une forfanterie ou une superstition absurde. En vérité, elle renvoie à une croyance que les Gaulois partageaient avec d’autres peuples de l’Antiquité, dont certains Grecs. Dans leur esprit, la voûte céleste est une espèce de dais accroché à de gigantesques colonnes et suspendu au-dessus de l’univers. Le jour où l’immense tenture du ciel s’effondrera, ce sera la fin du monde. Convenons que c’est une perspective assez effrayante…

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