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Européennes : à Bordeaux, Marie Toussaint veut convaincre d'une "troisième voie" à gauche

À Bordeaux – En délicatesse dans les sondages, la tête de liste des écologistes aux européennes, Marie Toussaint, a lancé samedi des attaques contre ses concurrents à gauche, socialistes et insoumis, affirmant qu’une « troisième voie », à la fois écologique et sociale, était possible.

Les organisateurs avaient imaginé un moment festif et convivial, samedi 4 mai, pour ce meeting à Bordeaux, ville d’origine de Marie Toussaint, la tête de liste des écologistes aux élections européennes du 9 juin. Le meeting devait se finir en plein air au bord de la Garonne, dans une ambiance de fête, des verres à la main sous un soleil printanier. Mais à l’image d’une campagne actuellement à la peine, le ciel gris et la pluie bordelaise sont venus gâcher la soirée.

Les quelque 500 militants et sympathisants – selon l’équipe de campagne – ont donc dû rester à l’intérieur des Chantiers de la Garonne, restaurant installé dans un ancien hangar de chantier naval situé dans l’éco-quartier Darwin, haut lieu de l’écologie bordelaise lancé il y a une quinzaine d’années, avec ses boutiques éco-solidaires et ses jardins partagés.

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Il en fallait toutefois plus pour faire perdre son sourire à Marie Toussaint, dont la campagne des européennes a jusqu’ici davantage fait parler d’elle pour ses tentatives de « happenings » – la « booty dance thérapie » lors de son meeting parisien en décembre, la « performance artistique » devant le siège de TotalEnergies en mars – que pour ses propositions de fond. Malgré les ratés et des sondages qui lui accordent entre 6 % et 8 % des intentions de vote, la candidate reste déterminée et l’a répété à plusieurs reprises samedi après-midi : « L’écologie est un combat ».

Alors qu’elle prônait la « douceur » depuis le début de sa campagne, Marie Toussaint a récemment changé de stratégie. La candidate porte désormais des coups. Dans son discours, samedi, elle s’en est prise à ses concurrents à gauche, ciblant d’un côté Raphaël Glucksmann, qualifié de « produit sympa qu’on met en vitrine pour cacher les restes de la boutique », et, de l’autre, Jean-Luc Mélenchon, coupable selon elle d’utiliser « la campagne des élections européennes pour fracturer la gauche » et de jouer « la politique de la terre brûlée ».

« Je me bats contre la pauvrophobie »

À propos du candidat socialiste, l’écologiste a insisté sur le « flou érigé en stratégie ». « Pourquoi faire campagne sans dire clairement à vos électeurs et vos électrices que chaque voix accordée à votre liste renforcera des socialistes européens qui sont pour le retour de l’austérité ? », a-t-elle interrogé en s’adressant à la tête de liste du Parti socialiste et de Place publique.

Quant à Jean-Luc Mélenchon, Marie Toussaint l’a accusé d’instaurer « un climat de terreur entre forces de gauche et écologistes », évoquant « une faute politique lourde » et « la brutalité érigée en politique ». « Au nom de quelle règle absurde devrions-nous nous infliger d’écrire tous les jours un nouvel épisode de la débâcle construite par la logique de division permanente que certains veulent imposer de force ? »

Le positionnement est clair : la députée européenne veut convaincre les électeurs de gauche orphelins de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale), née lors des législatives de 2022, que c’est elle le meilleur choix, se plaçant à mi-chemin entre le Parti socialiste et La France insoumise.

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Pour les électeurs tentés par la liste de Raphaël Glucksmann (PS-Place publique), elle a tenté de démontrer qu’elle représentait mieux l’écologie. « Le vote socialiste, c’est un vote qui parle d’écologie, qui emprunte les mots de l’écologie, mais qui dans le fond, au moment de choisir, continue de défendre le modèle qui nous amène dans le mur. C’est malheureux, mais c’est comme ça. C’est du Canada Dry », a-t-elle souligné.

Et pour ceux tentés par la liste de Manon Aubry (LFI), elle a voulu montrer que les écologistes aussi avaient à cœur de parler aux plus modestes. « J’ai retenu ta leçon : qui tolère le mépris des pauvres laisse l’injustice recouvrir le monde », a-t-elle affirmé, visiblement émue, en s’adressant à son père présent dans le public. « Cette idée m’habite, m’a construite, me poursuit. Voilà pourquoi je me bats contre la pauvrophobie, la discrimination liée à la condition sociale. Et voilà pourquoi j’en fais un sujet de la campagne des élections européennes », a-t-elle affirmé, accusant le gouvernement d’Emmanuel Macron de mener une « politique de violence sociale institutionnalisée ».

Un « État providence écologique européen »

« Il y a une troisième voie possible dans cette élection », a lancé Marie Toussaint à l’assistance. « Cette troisième voie c’est celle proposée par les écologistes : la clarté comme chemin de l’unité après les européennes, la douceur comme horizon social contre la guerre de tous contre chacun, l’État providence écologique européen comme projet face aux égoïsmes nationaux. »

Debout avec ses drapeaux verts du parti et quelques drapeaux européens, le public, conquis d’avance, applaudissait et scandait « L’écologie ! Tous ensemble ! Tous ensemble ! », en espérant que leur candidate finira par déjouer les pronostics.

« Yannick Jadot aussi était bas dans les sondages en 2019 et il a fini avec 13,5 % des voix, donc tout est possible », voulait ainsi croire Delphine (le prénom a été modifié), une militante écologiste de 44 ans.

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Un peu plus loin, Arthur, électeur de gauche de 32 ans, était plus pessimiste et regrettait la division de sa famille politique. « Entre la crise, les guerres, le dérèglement climatique qui s’observe chaque jour un peu plus, je suis inquiet, comme tout le monde. Et quand on voit les scores annoncés pour l’extrême droite, je préférerais que les partis de gauche s’entendent. »

Un espoir enterré depuis longtemps par toutes les composantes de la Nupes, dont les divisions et les attaques de part et d’autre animent cette campagne des européennes. Et alors que celles-ci concernaient essentiellement insoumis et socialistes jusqu’ici, Marie Toussaint et les écologistes sont bel et bien entrés à leur tour sur le ring.


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