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Nouvelle-Calédonie : situation toujours tendue dans les rues désertes de Nouméa

De la fumée s’élève à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 14 mai 2024.

Des rues désertes, où marchent quelques jeunes et où résonnent les cris et bruits de détonations : la population était cloîtrée dans la soirée du mardi 14 mai dans Nouméa, chef-lieu de Nouvelle-Calédonie soumis à un couvre-feu après une nuit de violences.

Le couvre-feu complique la vie quotidienne de nombreux salariés, seuls les travailleurs « effectuant une mission de service public » étant autorisés à circuler, en plus des forces de l’ordre et des secours. Seules quelques personnes circulaient encore dans les rues avant le couvre-feu, certaines à la recherche d’un des rares commerces encore ouverts pour se ravitailler, a constaté un correspondant de l’Agence France-Presse (AFP).

Après son entrée en vigueur à partir de 18 heures, heure locale (9 heures dans l’Hexagone), des jeunes marchent les bras chargés de cartons issus du pillage de commerces à Dumbéa, dans la banlieue nord de Nouméa, où une boucherie incendiée le matin est consciencieusement vidée. Dans l’agglomération, les cris et les détonations sont incessants. A la tombée de la nuit, les actes de vandalisme ont repris de plus belle.

Magasins pillés, maisons incendiées, tirs sur les gendarmes : des affrontements d’une extrême violence ont secoué la nuit de lundi à mardi dans l’archipel français du Pacifique. Un « mouvement de protestation » était en cours dans la prison du Camp Est à Nouméa, selon une source policière, le Haut-Commissariat de la république parlant lui de « mutinerie ». La situation restait confuse, avec des détenus cagoulés et brandissant des barres métalliques se déplaçant dans certains couloirs, selon des vidéos circulant sur les réseaux.

l’Assemblée nationale examine à Paris une révision constitutionnelle décriée par les indépendantistes. Le texte vise à élargir le corps électoral aux élections provinciales, cruciales dans l’archipel du Pacifique sud. Les indépendantistes estiment que ce dégel risque de « minoriser encore plus le peuple autochtone kanak ».

« On n’a pas de morts, il n’y a pas de blessés graves pour l’instant, il y aurait pu y en avoir », a déclaré le haut-commissaire de la République, Louis Le Franc, en dressant le bilan de la nuit de lundi à mardi. « Plus de soixante-dix policiers et gendarmes ont été blessés », a souligné Gérald Darmanin.

Quatre-vingt-deux interpellations

Par crainte d’un embrasement du territoire, des effectifs du groupe d’intervention de la gendarmerie (GIGN), du RAID, son équivalent pour la police, quatre escadrons de gendarmes mobiles et deux sections de la CRS 8, une unité spécialisée dans la lutte contre les violences urbaines, ont été mobilisés.

Sept escadrons de gendarmerie sont sur place, contre trois à quatre en temps normal, selon la gendarmerie. Les forces de l’ordre ont procédé à 82 interpellations ces deux derniers jours, selon le dernier bilan rendu public par le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. Le gouvernement calédonien a de son côté annoncé la fermeture des lycées et collèges jusqu’à nouvel ordre. L’aéroport international a été fermé jusqu’à jeudi.

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Sur les réseaux sociaux, de très nombreuses images d’entreprises incendiées tournent en boucle, laissant craindre le pire pour une économie calédonienne déjà éprouvée. « Quatre-vingts chefs d’entreprise ont vu leur outil de production brûlé ou détruit », a précise Gérald Darmanin.

Gabriel Attal a appelé mardi, lors des questions au gouvernement, les responsables politiques de Nouvelle-Calédonie à « saisir [la] main tendue » du dialogue, en confirmant que le Congrès du Parlement ne serait pas réuni « immédiatement » après le vote sur le projet de loi constitutionnel décrié par les indépendantistes, laissant un intervalle pour des échanges. « L’important, c’est l’apaisement. L’important, c’est le dialogue. L’important, c’est la construction d’une solution commune, politique et globale », a-t-il ajouté.

Le gouvernement sous le feu des critiques

Le gouvernement est vivement critiqué sur sa méthode en Nouvelle-Calédonie. « Des gouvernants sans compréhension de l’histoire des peuples de la Grande Terre et des îles Loyauté ont joué avec les allumettes en méprisant les Kanaks (…) La Calédonie Kanaky est en feu », s’est alarmé mardi sur X le leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

« Rien n’était imprévisible », a affirmé la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée, pointant elle aussi « un fait colonial indéniable » et jugeant que « les mauvaises décisions s’accumulent depuis qu’Edouard Philippe ne gère plus le dossier ».

« La manière dont la France se comporte avec ses anciennes colonies est humiliante et dégradante donc oui, ça provoque des réactions un peu épidermiques », a estimé la secrétaire nationale des Ecologistes, Marine Tondelier, sur Franceinfo.

L’ancien premier ministre Edouard Philippe avait sonné l’alerte début mai, de même que ses prédécesseurs Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault, s’inquiétant, dans des propos rapportés par Le Monde, de l’absence de reprise en main du sujet par Matignon, historiquement chargé du dossier calédonien.

Mais, après le non à l’indépendance lors des référendums de 2018, 2020 et 2021, le dossier s’est retrouvé sur la table du ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, ciblé par les critiques des indépendantistes malgré sept déplacements sur l’île ces derniers mois.

Pour apaiser la situation, plusieurs parlementaires plaident pour la création d’une nouvelle « mission de dialogue » dont Gabriel Attal serait le « garant ». Une demande déjà défendue de manière transpartisane durant les débats au Sénat, fin mars, où la gauche avait dénoncé le « coup de force » d’une réforme perçue comme « un couperet » localement.

Le Monde avec AFP

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