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Faire de Gaza l’enjeu majeur des européennes, une stratégie à quitte ou double pour La France insoumise

En plaçant la militante franco-palestinienne Rima Hassan en septième position sur sa liste pour les élections européennes, La France insoumise a fait de la guerre à Gaza la thématique principale de sa campagne des élections européennes, au risque de voir sa tête de liste, Manon Aubry, éclipsée et de subir les contrecoups des sorties médiatiques de son leader Jean-Luc Mélenchon.

C’est une journée de campagne sur le thème du social qui attend, lundi 13 mai, Manon Aubry. La tête de liste aux élections européennes de La France insoumise (LFI) se rend avec François Ruffin à Amiens, sur le site de l’usine Metex, menacée de fermeture. Puis elle donnera un meeting dans la soirée, accompagnée non seulement du député insoumis local, mais aussi de sa collègue au Parlement européen Marina Mesure et de l’ancien inspecteur du travail et désormais candidat aux européennes Anthony Smith.

L’occasion de parler d’autre chose que de Gaza et du conflit au Proche-Orient dans lequel semble enfermée La France insoumise depuis plusieurs semaines. Mais aussi pour la tête de liste LFI d’exister davantage, tant les figures de Jean-Luc Mélenchon et de Rima Hassan ont relégué au second rang celle de Manon Aubry.

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Les stratèges de La France insoumise ont décidé de faire de la situation à Gaza l’un des axes forts de leur campagne des européennes. Ils ont placé en septième position de leur liste la militante franco-palestinienne Rima Hassan. À 32 ans, cette juriste en droit international a notamment travaillé à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et à la Cour nationale du droit d’asile, tout en fondant l’ONG Observatoire des camps de réfugiés.

Pour la députée insoumise Clémence Guetté – coordinatrice du programme de LFI –, cette stratégie se justifie « parce que ça se déroule aujourd’hui et parce que c’est un enjeu européen ». « L’Union européenne pourrait rompre son accord d’association avec Israël. C’est un enjeu européen de diplomatie », a-t-elle expliqué mercredi 8 mai sur France Inter. « Ce n’est pas nous qui en faisons un enjeu électoral, c’est une urgence humaine », a-t-elle ajouté. Dans ce contexte, « la voix de Rima Hassan compte énormément pour nous et pour porter la voix de la paix ».

Soutien de longue date de la cause palestinienne, comme la gauche dans son ensemble, La France insoumise peut difficilement être accusée de récupération politique sur ce dossier. Néanmoins, la décision d’offrir une place éligible à Rima Hassan sur sa liste des élections européennes permet aux insoumis de lier conviction profonde et stratégie électorale.

Derrière ce choix s’inscrit la volonté de mobiliser des électorats ayant voté pour Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle mais souvent peu mobilisés lors des élections européennes : la jeunesse dans son ensemble et les habitants des quartiers populaires des grandes villes ou de leur banlieue, dont beaucoup sont issus de l’immigration.

« Les Arabes de France se mobilisent plus pour la question palestinienne que pour leurs propres conditions de vie. On sait que dans le climat raciste du débat français, quand les politiques parlent des Palestiniens, quelque part ils parlent aussi de nous, les Arabes », estime le militant politique Taha Bouhafs, proche de LFI, dans un entretien accordé à Mediapart.

Une jeunesse mobilisée pour Gaza

Un pari qui serait en passe d’être gagnant, selon le député insoumis Éric Coquerel. « J’observe que cet électorat des quartiers, parce qu’il est sensible à la question palestinienne et aux questions de colonisation, s’intéresse à ce qu’on dit et s’intéresse à notre campagne alors que d’habitude il ne va pas voter aux européennes », juge-t-il.

De même, la mobilisation d’étudiants dans les universités pour dénoncer les opérations meurtrières menées par l’armée israélienne à Gaza – le dernier bilan du ministère de la Santé du Hamas fait état de plus de 35 000 morts – montre que la question palestinienne est actuellement au cœur de leurs préoccupations. Les blocages sont soutenus par Rima Hassan, que ce soit par des messages postés sur les réseaux sociaux ou par des déplacements sur le terrain, lors desquels elle est systématiquement accueillie sous les applaudissements.

Et alors que les autres partis de gauche tiennent sensiblement le même discours que La France insoumise sur la question palestinienne, à l’exception de l’utilisation du terme « génocide » faite par LFI, ce sont bien les insoumis qui apparaissent en pointe sur ce combat. « On verra bien si cela se concrétise le 9 juin. En attendant, alors qu’on n’a jamais fait plus de 6 ou 6,5 % aux européennes, les sondages nous donnent au-dessus cette fois-ci », se réjouit Éric Coquerel.

Mais cette stratégie est à double tranchant. Car si Rima Hassan a ses admirateurs, elle s’attire également les foudres de nombreux détracteurs : une vidéo diffamatoire diffusée sur X par le publicitaire Frank Tapiro a ainsi enregistré plus d’un million de vues. Et il ne s’agit pas d’un cas isolé. Rima Hassan et d’autres figures de LFI – tels Aymeric Caron, Thomas Portes, David Guiraud, Danièle Obono ou Louis Boyard – reçoivent régulièrement des injures et des menaces depuis le 7 octobre et ce fameux communiqué publié après le massacre de près de 1 200 Israéliens par le Hamas.

La France insoumise avait alors refusé d’utiliser les mots « terrorisme » ou « terroriste » pour qualifier l’attaque du Hamas ou le Hamas lui-même et son communiqué mentionnait d’entrée « un contexte d’intensification de la politique d’occupation israélienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ».

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Les positions de LFI sur cette question constituent, depuis, des angles d’attaque pour l’extrême droite, la droite, mais aussi pour le gouvernement – et même certains à gauche. Et la présence de Rima Hassan dans la campagne a eu pour effet de multiplier les invectives.

« C’est parce que nos adversaires politiques et une partie des médias ont choisi de nous attaquer là-dessus que la question palestinienne prend autant de place dans la campagne, regrette Éric Coquerel. Nous essayons de mettre en avant d’autres thèmes, mais nous sommes systématiquement interrogés sur Gaza. »

Jean-Luc Mélenchon à nouveau accusé d' »outrances »

D’autant que les adversaires politiques des insoumis n’hésitent pas à caricaturer leurs propos, voire à leur prêter des positions qu’ils ne défendent pas. Malgré ses dénégations et clarifications, Rima Hassan est ainsi régulièrement accusée de vouloir la destruction d’Israël et, parce qu’elle avait appelé les étudiants de Sciences Po à manifester, écrivant sur X « l’heure est au soulèvement », il a même été demandé au coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard si son parti appelait à une « intifada » – terme présenté comme la traduction en arabe du mot « soulèvement ».

« Je passe plus de temps à commenter la paresse intellectuelle des uns et des autres qu’à discuter des sujets de fond », a déploré la candidate le 29 avril sur France 2.


Pour autant, LFI n’est pas exempt de tout reproche. Le communiqué du 7 octobre avait déjà marqué une rupture au sein de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale). Sept mois plus tard, les tensions sont encore plus fortes entre les anciens partenaires, socialistes et écologistes critiquant les « outrances » du leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon.

Ce dernier s’est notamment emporté le 18 avril en faisant un parallèle entre le président de l’université de Lille et le nazi Adolf Eichmann, en raison de la décision du premier d’interdire une conférence sur la Palestine que l’ancien candidat à la présidentielle devait donner avec Rima Hassan. Jean-Luc Mélenchon a depuis contesté une quelconque outrance, expliquant que ses mots faisaient référence au livre de Hannah Arendt, « Les Origines du totalitarisme ».


Il s’en est également pris au socialiste Jérôme Guedj, qui avait questionné le logo de l’association étudiante organisatrice de l’événement, Libre Palestine, dont le dessin représente une carte d’Israël et des Territoires palestiniens mais sans frontières. D’abord lors de son discours du 18 avril, en le traitant sans le nommer de « lâche » et de « délateur », mais aussi dans une tribune, publiée le 29 avril sur L’insoumission (un site de La France insoumise), dans laquelle il décrit son ancien camarade comme « s’agit(ant) autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions ». De quoi prêter à nouveau le flanc aux accusations d’antisémitisme et rendre impossible tout espoir d’union de la gauche après les européennes.

Un « bad buzz » dont se serait aussi sans doute bien passée Manon Aubry, dont la voix a du mal à émerger au milieu de tout ce tumulte. L’eurodéputée en vient d’ailleurs elle aussi à créer la polémique pour exister. Dans un appel lancé sur X le 3 mai pour interdire les rémunérations annexes des députés européens, elle a accusé ses rivaux de s’en mettre « plein les poches » en étant « payés par des lobbys, des entreprises ou des gouvernements en plus de leur indemnité d’élu », ciblant notamment Valérie Hayer, Raphaël Glucksmann et François-Xavier Bellamy, alors que leurs revenus annexes ne sont pas issus de lobbys mais de la vente de livres.


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