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Les Nations unies créent une Journée de commémoration du génocide de Srebrenica, fustigée par les Serbes

L’Assemblée générale de l’ONU, à New York, vote, le 23 mai 2024, la création d’une Journée internationale pour commémorer le génocide de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, en 1995.

L’organisation des Nations unies a créé, jeudi 23 mai, une Journée internationale de commémoration du génocide de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine, en 1995. Belgrade et le chef des Serbes de Bosnie, qui refusent toujours de le reconnaître, ont exprimé leur colère. La résolution, préparée par l’Allemagne et le Rwanda, deux pays marqués par d’autres génocides du XXe siècle, a recueilli 84 votes pour, 19 votes contre et 68 abstentions.

« Cette résolution cherche à encourager la réconciliation, aujourd’hui et pour l’avenir », a justifié la représentante permanente de l’Allemagne auprès des Nations unies à New York, Ante Leendertse, assurant que l’initiative n’était pas dirigée contre la Serbie. « Les Nations unies ont été fondées sur les cendres de la seconde guerre mondiale, une guerre lancée par l’Allemagne nazie qui a fait plus de 60 millions de morts », a-t-elle ajouté, soulignant que l’ONU était là pour que de tels crimes ne se répètent pas.

Le 11 juillet 1995, quelques mois avant la fin du conflit intercommunautaire qui faisait rage en Bosnie depuis trois ans, les forces serbes de Bosnie, commandées par le général Ratko Mladic, prenaient la ville de Srebrenica. Les jours suivants, environ 8 000 hommes et adolescents musulmans étaient exécutés.

Un « fait » incontestable

Le massacre, pire tuerie perpétrée en Europe depuis la seconde guerre mondiale, a été qualifié de génocide par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et la Cour internationale de justice (CIJ). C’est donc un « fait » incontestable, insistent les soutiens de la résolution.

Pourtant il est contesté. « Il n’y a pas eu de génocide », a ainsi martelé jeudi à Srebrenica le chef des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik, prévenant par avance la communauté internationale qu’il rejetterait la résolution. « Nous vous disons tout de suite que nous ne l’accepterons pas. Ce ne sera pas inclus dans les programmes scolaires et nous ne commémorerons pas le 11 juillet. »

A un an du 30e anniversaire du massacre, la résolution proclame le 11 juillet « Journée internationale de réflexion et de commémoration du génocide commis à Srebrenica en 1995 ». Le texte condamne également « sans réserve toute négation de l’historicité du génocide commis à Srebrenica » et « les actes qui glorifient les personnes ayant été reconnues coupables » de ces crimes.

Face aux critiques, les coauteurs du texte ont ajouté, à la demande du Monténégro – ex-République yougoslave où une partie de la population s’identifie comme serbe – une phrase qui précise que la culpabilité de certains individus ne peut être imputée « à un groupe ethnique, religieux ou autre dans son ensemble ». Une modification qui n’a pas convaincu Belgrade et ses alliés.

Une « résolution hautement politisée », estime Belgrade

Le président serbe, Aleksandar Vucic, venu à New York pour combattre cette initiative, a dénoncé juste avant le vote une « résolution hautement politisée ». Cette résolution « va ouvrir de vieilles blessures et provoquer des ravages politiques, pas seulement dans notre région, mais aussi ici », a-t-il lancé, assurant qu’il rendait hommage à « toutes les victimes des conflits en Bosnie, Serbes et Bosniaques [musulmans] ».

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La Russie, qui en 2015 avait mis son veto à une résolution du Conseil de sécurité condamnant le génocide de Srebrenica, a elle aussi dénoncé « un triste chapitre de l’histoire de l’ONU ». Le texte vise à « diaboliser » les Serbes, a dénoncé le représentant permanent russe, Vassili Nebenzia. « Si les auteurs du texte voulaient diviser l’Assemblée générale (…), ils ont réussi brillamment », a-t-il ironisé.

Si tous les pays de l’ex-Yougoslavie, à l’exception de la Serbie, ont voté pour, de nombreux pays en Afrique, en Asie ou en Amérique latine se sont abstenus. Et l’Union européenne a exposé ses divisions, la Hongrie votant contre, et plusieurs de ses membres s’abstenant (la Grèce, Chypre, la Slovaquie). Dans ce contexte tendu, l’UE avait souligné avant le vote que « quiconque tente de remettre en question [le génocide de Srebrenica] n’a pas sa place en Europe ».

Lire aussi (2023) | Article réservé à nos abonnés En 1995, l’ex-Yougoslavie et l’impossible équation des accords de Dayton

Le Monde avec AFP

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