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Les Wrens, ces héroïnes méconnues des opérations du Débarquement en Normandie

Le Débarquement en Normandie n’a pas été seulement une affaire d’hommes. Des femmes ont aussi préparé minutieusement cette gigantesque opération militaire, notamment les membres du Women’s Royal Naval Service (WRNS), la branche féminine de la Royal Navy. Un photographe britannique fait découvrir leurs parcours et leur engagement, 80 ans après.

Elles étaient télégraphistes, radaristes, analystes des armes, opératrices de télémètres, pilotes de transport, électriciennes ou encore mécaniciennes. À son apogée en 1944, le Women’s Royal Naval Service (WRNS, communément appelé « Wrens »), la branche féminine de la Royal Navy, a compté jusqu’à 74 000 membres occupant plus de 200 emplois différents. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, 303 d’entre elles ont perdu la vie.

Après avoir rendu hommage il y dix ans aux derniers libérateurs du D-Day, le photographe britannique Robin Savage a décidé de mettre en lumière le rôle de ces femmes à l’occasion des 80 ans du Débarquement. Lors d’une rencontre organisée à Londres par l’Association des Wrens, il a pu réaliser le portrait de sept d’entre elles qui ont participé aux opérations le 6 juin 1944.

« J’ai été ravi de pouvoir les photographier et de contribuer à partager leur histoire. Nous ne devons jamais oublier la contribution vitale des femmes pendant la Seconde Guerre mondiale. Il suffit d’écouter ces femmes remarquables raconter leurs histoires de guerre pendant un bref instant pour se le rappeler », explique Robin Savage. Pour cet artiste, il est difficile de choisir un parcours plutôt qu’un autre, ces destins étant tous « fascinants et emplis d’humilité ».

  • Christian Lamb, 103 ans, troisième lieutenant

Christian Lamb est âgée de 103 ans. Elle a été troisième lieutenant au sein des Wrens.
Christian Lamb est âgée de 103 ans. Elle a été troisième lieutenant au sein des Wrens. © Robin Savage

Christian Lamb a été l’une des premières Britanniques à rejoindre le Women’s Royal Naval Service au début de la Seconde Guerre mondiale. Promue troisième lieutenant, elle a été envoyée à Belfast, en Irlande, pour travailler au sein de la salle des opérations du château où la marine était basée. C’est à partir de ce port que de nombreux navires participaient à l’escorte de convois qui traversaient l’Atlantique.

Au début de l’année 1944, elle a ensuite été basée au quartier général des opérations combinées à Richmond Terrace, dans le centre de Londres. « Je devais travailler sur les cartes des futurs débarquements. Nous étions nombreux à travailler sur des pièces individuelles de cette énorme puzzle, mais aucun de nous n’a jamais su ou n’a jamais discuté de ce que faisaient les autres », explique Christian Lamb.

Pour cet ancien officier, cela a été « un travail intense et passionnant ». « Le Jour J a eu lieu le 6 juin 1944 et à 6 h du matin. Quand j’ai entendu l’annonce à la radio, j’ai été ravie de voir que nous avions réussi à mettre en place les plans qui avaient été envisagés depuis si longtemps par tant de cerveaux brillants. Cela a été le début de la campagne pour aider les Français à récupérer leur pays ».

  • Dorothea Barron, 99 ans, signaleuse

Dorothea Barron est âgée de 99 ans. Elle a servi de 1942 à 1945 en tant que signaleuse.
Dorothea Barron est âgée de 99 ans. Elle a servi de 1942 à 1945 en tant que signaleuse. © Robin Savage

Avant le Jour J, Dorothea Barron était basée en Écosse, où elle enseignait aux marins comment utiliser le code morse avec une lumière clignotante. Elle a également participé aux tests des ports Mulberry, ces ports préfabriqués qui ont servi après le Débarquement en Normandie pour permettre l’approvisionnement des Alliés.

À l’époque, elle n’était pas du tout au courant qu’elle participait aux préparatifs de l’opération Overlord. Dorothea se souvient que, du jour au lendemain, les centaines et de navires et de marins répartis un peu partout sont soudainement partis.

  • Dorothy Smith, 100 ans, rédactrice

Dorothy Smith est âgée de 100 ans. Elle a servi de février 1944 à septembre 1946.
Dorothy Smith est âgée de 100 ans. Elle a servi de février 1944 à septembre 1946. © Robin Savage

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Dorothy Smith était rédactrice au sein du Women’s Royal Naval Service. Elle était responsable de tenir à jour la comptabilité et les mouvements du personnel militaire. Lors du Jour J, elle travaillait dans la région de Portsmouth, port du sud de l’Angleterre. Elle se souvient avoir vu d’importants convois militaires le 5 juin le long de la côte sud en prévision du Débarquement. Le lendemain, tout était calme car les navires étaient partis. 

  • Hazel Picking, 98 ans, signaleuse

Hazel Picking est âgée de 98 ans. Elle a servi en tant que signaleuse de 1942 à 1945.
Hazel Picking est âgée de 98 ans. Elle a servi en tant que signaleuse de 1942 à 1945. © Robin Savage

Hazel Picking a rejoint le Women’s Royal Naval Service alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle était responsable de la signalisation des navires pendant la Seconde Guerre mondiale dans le Hampshire. Elle travaillait avec les vedettes lance-torpilles de la Royal Navy basées dans le Solent, le bras de mer qui sépare, dans la Manche, l’île de Wight de la Grande-Bretagne. La veille du Jour J, en regardant en direction de la mer, elle se souvient qu’il y avait tellement de navires qu’il aurait été possible de traverser à pied jusqu’à l’île. Le lendemain, ils avaient tous disparu en direction de la Normandie. Quatre-vingts ans après, elle porte toujours avec fierté son chapeau des Wrens. 

  • Marie Scott, 97 ans, opératrice de standard

Marie Scott est âgée de 97 ans. Elle était téléphoniste durant la Seconde Guerre mondiale au sein des Wrens.
Marie Scott est âgée de 97 ans. Elle était téléphoniste durant la Seconde Guerre mondiale au sein des Wrens. © Robin Savage

Marie Scott a intégré le Women’s Royal Naval Service en tant qu’opératrice de standard car elle avait de l’expérience comme téléphoniste. Elle s’est rapidement retrouvée à travailler au quartier général des forces alliés (SHAEF) à Fort Southwick, près de Portsmouth. Lors du Jour J, alors qu’elle n’avait que 17 ans, ses équipements étaient directement reliés avec les forces de Débarquement en Normandie. Marie était responsable de la transmission de messages vitaux aux officiers arrivés sur les plages. Elle se souvient d’avoir entendu la bataille qui faisait rage en arrière-plan. Ces bruits particulièrement choquants l’ont accompagnée tout au long de sa vie.

  • Patricia Owtram, 100 ans, opératrice linguiste d’interception

Patricia Owtram est âgée de 100 ans. Elle était opératrice linguiste d'interception.
Patricia Owtram est âgée de 100 ans. Elle était opératrice linguiste d’interception. © Robin Savage

Patricia Owtram se souvient de son engagement avec le Women’s Royal Naval Service alors qu’elle était seulement âgée de 18 ans, en 1942. Elle a été attirée par le fait d’occuper un poste normalement dévolu à un officier de marine. Parlant couramment l’allemand, elle était chargée d’intercepter les signaux maritimes ennemis pour les fournir à Bletchley Park. 

C’est dans ce domaine situé dans le Buckinghamshire, dans le centre de l’Angleterre, que les chiffres et les codes de plusieurs pays de l’Axe étaient déchiffrés, dont ceux de la machine allemande Enigma. Ce site de décryptage, où a exercé le mathématicien Alan Turing, a été une composante cruciale de l’effort de guerre des Alliés. Après le conflit, Patricia est devenue une journaliste renommée, écrivant avec sa sœur Jean, une agente du Special Operations Executive (SOE) – un service secret britannique – une autobiographie intitulée « Codebreaking sisters » (Mirror Books).

  • Ruth Bourne, 98 ans, opératrice à Bletchley Park

Ruth Bourne est âgée de 98 ans. Elle était opératrice à Bletchey Park, le lieu de décryptage des transmissions allemandes.
Ruth Bourne est âgée de 98 ans. Elle était opératrice à Bletchey Park, le lieu de décryptage des transmissions allemandes. © Robin Savage

Alors âgée de 17 ans, Ruth Bourne a été l’une des plus jeunes à travailler au sein de la station X de Bletchley Park, une station secrète d’interception radio, mais aussi une station d’émission. Elle était opératrice sur « la bombe », un engin électromécanique dont la fonction était de trouver les réglages quotidiens des machines Enigma des différents réseaux de télécommunication militaires allemands.

Elle se rappelle avoir travaillé des heures durant sans vie sociale, debout toute la journée avec peu de temps pour des pauses. Ruth ne posait pas de questions sur ses fonctions. De son premier jour de travail jusqu’à la fin de son passage à Bletchley Park, elle a fait ce qu’on lui demandait. Elle se dit aujourd’hui satisfaite d’avoir contribué à briser les codes allemands.

 

 

 

 

 

 

 

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