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Les minerais critiques attisent les rivalités entre grandes puissances

Une mine de nickel exploitée par la société minière Vale Indonesia à Sorowako, en Indonésie, le 28 juillet 2023.

L’Arabie saoudite se rêve en nouvelle puissance minière. Ses ressources en cuivre, en manganèse, en lithium, en nickel ou encore en terres rares suscitaient peu d’intérêt dans un Etat qui tire 60 % de ses revenus du pétrole, jusqu’à ce que le royaume prenne conscience de ce trésor enfoui sous le désert. En janvier, à l’occasion du salon Future Minerals Forum organisé à Riyad, elle a dévoilé des projets pharaoniques pour s’imposer dans ce secteur.

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Les seigneurs de l’or noir l’ont bien compris : le XXe siècle était pétrolier, le XXIe siècle sera métallique. Dopée par la transition verte et la numérisation de l’économie mondiale, la demande en minerais s’envole. Dans son dernier rapport de mai 2024, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a calculé que, pour atteindre l’objectif de zéro émission nette de CO2 d’ici à 2050, la consommation de lithium devra être multipliée par neuf d’ici à 2040, celle de graphite par quatre et celle de cobalt, de nickel et de terres rares par deux.

L’Arabie saoudite a calculé que ses ressources minières valaient 2 500 milliards de dollars (2 300 milliards d’euros), pour seulement une moitié du territoire explorée. Elle veut surtout s’imposer comme une plate-forme mondiale incontournable grâce à sa situation géographique, à mi-chemin entre les mines d’Afrique et les usines de Chine, et à ses bonnes relations avec Pékin et Washington. Elle a multiplié, au cours des derniers mois, les protocoles d’accord avec l’Egypte, la Russie, le Maroc et la République démocratique du Congo (RDC) pour accéder à leurs ressources. Le royaume investit aussi dans le monde entier, par le biais de son fonds spécialisé Manara Minerals, qui a par exemple acquis, en avril, 10 % de la branche métaux critiques du géant brésilien Vale pour 2,5 milliards de dollars.

Compétition féroce

Ces nouvelles ambitions renforcent un peu plus la compétition féroce que se livrent les grandes puissances pour sécuriser leurs approvisionnements en minerais stratégiques. Selon les prévisions de l’AIE, le marché, aujourd’hui évalué à 325 milliards de dollars, devrait doubler d’ici à 2040. Mais en réalité ces minerais pèsent bien davantage que des centaines ou des milliers de milliards de dollars. Les pays en dépendent pour leur sécurité, car ils sont utilisés dans la production d’équipements militaires sophistiqués, et pour développer leur industrie verte. Sans lithium, graphite ou nickel, impossible de fabriquer des batteries et donc de produire des véhicules électriques. La Chine l’a deviné avant tout le monde. Elle raffine aujourd’hui 60 % de tous les métaux utilisés dans les batteries des véhicules électriques.

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