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En Europe, ces gouvernements favorables au « travailler plus » pour relancer l’économie

De gauche à droite, le ministre allemand de l’économie, Robert Habeck, le chancelier Olaf Scholz, et le ministre des finances, Christian Lindner, à Berlin, le 13 décembre 2023.

L’affaire semble entendue : économiquement, l’Europe décroche face à l’Amérique. En 2000, le produit intérieur brut (PIB) par habitant de la zone euro était l’équivalent de 78 % de celui des Etats-Unis (en parité de pouvoir d’achat), selon l’Organisation de coopération et de développements économiques (OCDE). En 2019, après la décennie perdue de la crise de l’union monétaire, il était de 72 %. En 2022, après la pandémie de Covid-19 et le début de la guerre en Ukraine, il était de 70,5 %.

Parmi les mille et une raisons évoquées pour expliquer ce fossé croissant, une petite musique de fond monte en Europe. Le patron de l’énorme fonds souverain norvégien, Nicolai Tangen, l’a résumée fin avril dans le Financial Times : « Les Américains travaillent tout simplement plus durs. » A l’entendre, le Vieux Continent a la dolce vita et les vacances, tandis que les Etats-Unis ont la croissance et le goût du labeur.

De prime abord, les statistiques de l’OCDE semblent donner raison à cette observation : les Américains travaillent 1 811 heures par an en moyenne, contre 1 528 heures pour les pays de la zone euro. Certes, ces données ne sont pas parfaitement comparables pour des raisons méthodologiques, mais l’écart est suffisamment large pour donner un ordre de grandeur. Et cette différence n’est pas tant due au rythme de travail hebdomadaire (37,9 heures en Amérique du Nord, contre 37,2 heures en Europe, selon le Bureau international du travail) qu’aux vacances, bien plus nombreuses sur le Vieux Continent.

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Inquiets face aux performances décevantes de leur économie, plusieurs gouvernements européens ont, dans ces circonstances, décidé d’augmenter la quantité de travail de leurs citoyens. En Allemagne, « homme malade » du moment, la coalition au pouvoir prépare un projet de relance pour juin, qui doit notamment défiscaliser les heures supplémentaires pour encourager les entreprises à y recourir. La Grèce a récemment allongé la durée maximale de travail quotidien autorisé. D’autres pays envisagent d’augmenter le nombre de personnes qui travaillent, plutôt que le nombre d’heures par personne. La France a ainsi repoussé l’âge de la retraite à 64 ans, et s’apprête à durcir l’accès aux allocations chômage. Dans une version plus incitative, le Royaume-Uni est en passe d’introduire plus d’heures de crèche subventionnées, afin d’aider le retour au travail des parents – et essentiellement des femmes.

Travailler plus, pour enrayer le décrochage économique de l’Europe, donc. Encore faut-il que le diagnostic posé soit le bon. Sébastien Bock, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), est le coauteur d’un récent rapport sur ces questions. Sa principale conclusion n’a rien à voir avec le temps de travail : le Vieux Continent a pris du retard à cause de son manque d’investissement dans les nouvelles technologies. « Les gains de productivité horaire ont augmenté aux Etats-Unis de 1,5 % par an en moyenne entre 2000 et 2019, contre 0,8 % par an en Europe », explique-t-il. Le manque en recherche et développement et la faiblesse du nombre de brevets déposés sont autant de signaux d’alertes économiques, selon lui. « Vu les innovations technologiques [actuelles], notamment avec l’intelligence artificielle, si on n’a pas les investissements nécessaires, on risque de louper cette prochaine vague. »

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