Close

Audiovisuel public : « Il faudrait, avant toute chose, un financement pérenne, affranchi du pouvoir politique et des cycles électoraux »

Claire Enders, lors de l’exposition « The Art of Breaking the Rules », à Londres, en octobre 2021.

Elle est souvent présentée comme la grande prêtresse des médias au Royaume-Uni. Très influente, au-delà même des frontières de son pays, Claire Enders a fondé Enders Analysis, la principale société britannique d’étude et de conseil sur les médias et les télécoms.

Alors que l’examen en première lecture à l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à réformer l’audiovisuel public français, soutenue par la ministre de la culture, Rachida Dati, est reprogrammé au lundi 24 juin, la chercheuse et experte indépendante explique en quoi l’analogie avec la BBC, souvent brandie par les partisans de la fusion, manque de pertinence dans le contexte français.

Quel regard portez-vous sur la réforme de l’audiovisuel public souhaitée par le gouvernement français ?

Un projet de fusion des entreprises de l’audiovisuel public, mû par le seul plaisir de le réaliser, ne constitue pas une réforme. La véritable réforme, ce serait de supprimer toute épée de Damoclès au-dessus de la tête de l’audiovisuel public. Or la redevance a été supprimée il y a deux ans. Cela a constitué un acte entièrement politique et tragique, car le contrôle de l’Etat sur les médias publics est devenu direct.

Il faut, avant tout, un financement pérenne, affranchi du pouvoir politique et des cycles électoraux. Sans quoi je ne crois pas que fusionner les entreprises de l’audiovisuel public soit une bonne idée, mais au contraire un objectif trop ambitieux. La pression de la concurrence est déjà telle, sur l’ensemble du paysage audiovisuel, que forcer les chaînes et antennes à suivre un objectif qu’elles ne soutiennent pas risque de les distraire de leur véritable mission d’information et de culture.

Je dirais même que la séparation actuelle des entreprises protège chacune d’elles : aucun président tout-puissant ne peut détruire toutes ces sociétés à la fois. Alors que les réunir en une seule rendrait celle-ci beaucoup plus vulnérable. Or amoindrir l’audiovisuel public, c’est amoindrir la démocratie.

Qu’entendez-vous par un financement « affranchi des cycles électoraux » ?

La BBC a des moyens garantis sur dix ans – c’était douze ans précédemment –, ce qui empêche le pouvoir en place de menacer ses ressources par pure fantaisie. Lorsqu’ils étaient au pouvoir, Boris Johnson, l’ancien premier ministre, et Nadine Dorries, sa ministre de la culture, ont bien essayé d’éliminer la redevance et la BBC. Nous avons vécu des années de danger, et notre système n’est pas inaltérable.

Mais la BBC avait beau taper sur les nerfs de Boris Johnson et du clan conservateur – comme l’extrême droite, ils pensent que l’audiovisuel public est là pour assurer leur propagande –, il aurait fallu qu’ils restent au pouvoir jusqu’en 2028 pour toucher à la redevance.

Il vous reste 62.85% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top