Close

Ben, artiste de l’écriture, est mort

L’artiste français Benjamin Vautier, également connu sous le nom de « Ben », dans son atelier de Nice, en 2016.

C’était un artiste obsédé par les mots. L’artiste Benjamin Vautier, dit « Ben », est mort dans la nuit, a confirmé sa fille au Monde, mercredi 5 juin. Il était âgé de 88 ans. Son corps a été retrouvé à son domicile, à Nice, en milieu de matinée, selon Nice-Matin. Son épouse était morte peu auparavant. Les premiers éléments font état d’une plaie par arme à feu, selon le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli. Une enquête a été ouverte et devra déterminer les causes de sa mort.

Le maire de Nice, Christian Estrosi, s’est dit « bouleversé et inconsolable. Il laissera l’image d’un artiste formidable qui aura tant fait rayonner l’école de Nice. Ils sont réunis avec son épouse dont il était inséparable. Je pense à sa fille Eva ». « Le monde de la culture perd une légende », a écrit sur réseaux sociaux la ministre de la culture, Rachida Dati.

Renaud Muselier, président du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, a salué un artiste qui a « fait rêver, grandir et réfléchir toute une génération de jeunes gens. (…) Son art lui a permis de voir grand. Reconnu de tous, en France et à l’international, il est toujours revenu dans le Sud, chez lui ! Notre région perd un de ses artistes ».

L’écriture ronde de Ben et ses phrases qui prêtent à s’interroger sur le monde et l’art ornent depuis des années toutes sortes de fournitures scolaires.

Né en 1935 à Naples, Ben est un artiste français d’origine suisse. Après la déclaration de la seconde guerre mondiale, en 1939, Ben et sa mère, irlandaise et occitane, multiplient les voyages : en Suisse, en Turquie, en Egypte, en Italie, pour s’installer enfin à Nice en 1949.

En 1955, Ben est âgé de 20 ans. Il vit à Nice et se retrouve libraire, papetier, disquaire. Il dessine et écrit des sortes de poèmes. Nice est alors la ville des futurs nouveaux réalistes, Yves Klein et Arman. Sur une photo, le jeune homme pose, un panneau suspendu à son cou. Il y est écrit en capitales : « L’art est inutile. » Ben, dès ses débuts, est animé à la fois par un désir paroxystique – être le plus grand artiste de son temps – et par la conviction qu’il vient trop tard, dans une époque profondément hostile à cette ambition.

« L’art doit être nouveau et apporter un choc »

Ses phrases, écrites dans une calligraphie un peu naïve, souvent en blanc sur fond noir, peuvent être des vérités, des commentaires (sur le monde, l’actualité), des scénarios, des invectives (au public, au monde de l’art), des constatations…

Rapidement, sa librairie devient un lieu de rencontres et d’expositions où se retrouvent les principaux membres de ce qui deviendra l’Ecole de Nice. Proche d’Yves Klein et séduit par le Nouveau Réalisme, il est convaincu que « l’art doit être nouveau et apporter un choc ». Au début des années 1960, il rejoint le mouvement Fluxus, fondé sur l’héritage du groupe Dada, de Marcel Duchamp, d’Allan Kaprow et de John Cage, qui prône l’abolition de la frontière élitiste entre l’art et la vie et entre les différents champs artistiques. Entre 1960 et 1963, il développe la notion d’appropriation, qui estime que tout est art et que tout est possible en art.

Le Monde Ateliers

Cours en ligne, cours du soir, ateliers : développez vos compétences

Découvrir

En 1965, dans la mezzanine de son magasin, il crée une galerie de trois mètres sur trois intitulée « Ben doute de tout », qui accueille les créations de jeunes artistes « qui font du nouveau ». Le doute est un aspect fondamental de son œuvre, qui vise à interpeller, à interroger le passant.

Au début des années 1970, il achète une maison sur les hauteurs de Nice, dans laquelle il vivait encore, qui devient elle-même une œuvre d’art, recouverte de mots d’esprit et d’objets inspirants ou chargés d’humour.

La maison de l’artiste Benjamin Vautier, dit « Ben », dans le quartier de Saint-Pancrace, à Nice, en 2012.

Les œuvres de Ben sont présentes dans les plus grandes collections privées et publiques du monde, notamment le MoMA de New York, le Centre Pompidou de Paris, l’Art Gallery of New South Wales de Sydney, ou encore le Stedelijk Museum d’Amsterdam.

Le Monde

Réutiliser ce contenu

source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Comments
scroll to top