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Mort de Ben, artiste populaire, esprit libre et mots percutants

L’artiste français Benjamin Vautier, dit Ben, à Paris, en 2016.

« Tout est art », « L’art est inutile », « Comment savoir si c’est de l’art ou pas ? » : depuis l’annonce de la mort de l’artiste Ben, mercredi 5 juin, les images de ses fameuses « écritures », aphorismes à la graphie ronde, le plus souvent en blanc sur noir, fleurissent sur les réseaux sociaux. Elles accompagnent les nombreux hommages des institutions, des galeries et des amis qui ont accompagné la carrière au long cours de cet artiste chef de bande, joyeux provocateur et inlassable iconoclaste qui continuait, à 88 ans, à préparer des expositions et à envoyer ses fameuses newsletters plusieurs fois par mois. Ces billets fleuves, aussi poétiques qu’informatifs, dont le support a évolué depuis 1958 et les envois par la poste ou par fax, manqueront à ses milliers d’abonnés. L’ultime date du mardi 4 juin.

L’artiste a choisi de se donner la mort par arme à feu, dans sa villa située sur les hauteurs de Nice, quelques heures seulement après le décès de sa femme, Annie Vautier, survenu mercredi à l’aube à la suite d’un accident vasculaire cérébral. Ben aura laissé une dernière « écriture » derrière lui pour expliquer qu’il ne pouvait pas vivre sans elle.

« Avec Annie, ils se sont côtoyés pratiquement vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant soixante ans, c’était une relation totale, et ils seront donc enterrés en même temps. Son geste, tragique, ajoute à son originalité et à sa grandeur : jusqu’au bout, il n’aura jamais triché et n’aura rendu des comptes qu’à sa seule conscience », commente Daniel Templon, qui fut son premier galeriste parisien. Celui-ci raconte son « coup de foudre » pour l’artiste en 1970 lorsqu’il le rencontra dans son « magasin » de Nice, un lieu ouvert à la fin des années 1950, où il vendait des disques d’occasion et organisait des débats et des expositions, et qui devint le point de rencontre des principaux membres de l’école de Nice : César, Arman, Martial Raysse et bien d’autres.

« Un état d’esprit post-dada »

« Ben était un agitateur d’idées avec une œuvre conceptuelle en forme de point d’interrogation », poursuit Daniel Templon. « C’était un animateur et un débatteur exceptionnel, toujours enthousiaste, d’une finesse d’analyse et d’une intelligence rares. Il écrivait sur tous les sujets, et que ce soit juste, cruel ou sentimental, c’était toujours authentique », souligne le galeriste.

« Ce n’était ni le marché ni la valeur marchande qui l’intéressaient, mais un état d’esprit post-dada, lié à l’humour et à la poésie », renchérit Youri Vincy, le directeur de la galerie parisienne Lara Vincy, qui déplore que l’artiste, qui fut « le porte-parole du mouvement Fluxus en France », n’ait jamais eu de grande rétrospective à Paris. « Il a été beaucoup critiqué pour son rapport au merchandising, avec ses cahiers et ses trousses [pour la marque d’articles de papeterie, agendas et carnets Quo Vadis], et s’il a eu des expositions personnelles au MAC Lyon et au Mamac de Nice, il n’en a jamais eu dans une institution parisienne, à part au Musée Maillol, une institution privée. » « Il n’a pas eu la reconnaissance qu’il méritait. Beaucoup l’ont pris pour un farfelu, alors que c’était un des rares artistes qui ne se prenaient pas au sérieux. C’est une anomalie que le Centre Pompidou ne lui ait jamais consacré de rétrospective », appuie Daniel Templon.

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